Face à la multiplication des menaces sanitaires transfrontalières, l’Afrique de l’Ouest et du Centre entend renforcer ses capacités d’anticipation, de surveillance et de riposte. Près de 200 participants représentant les Etats membres, les institutions régionales, les organisations internationales et des partenaires au développement, sont réunis à Brazzaville pour échanger autour des mécanismes d’une sécurité sanitaire collective et durable les mieux adaptés. Les travaux de la conférence régionale sur l’apprentissage, le partage des connaissances et le réseautage du programme Health Security Program (HeSP) ouverts le mardi 03 novembre 2026 vont aboutir au lancement de sa nouvelle phase consacrée à l’Afrique centrale.

Il ne s’agit plus simplement de répondre aux épidémies lorsqu’elles surviennent, mais de construire, en amont, les capacités institutionnelles, humaines et opérationnelles permettant de les prévenir et d’en contenir les conséquences. C’est le principal enseignement qui se dégage de cette rencontre régionale organisée à Brazzaville.
Ouvrant officiellement les travaux au nom du ministre de la Santé, Ludovic NGATSE, Ministre du Plan, de la Statistique et de la Prospective, a placé la coopération régionale au centre des réponses aux urgences sanitaires. Pour lui, la circulation des populations et l’intensification des échanges rendent désormais indispensable une approche communautaire des risques épidémiques.
« Les épidémies ignorent les frontières. […] À cet effet, la coopération régionale n’est plus une option. Elle constitue une nécessité stratégique », a-t-il souligné, rappelant que la sécurité sanitaire représente désormais un enjeu qui dépasse le seul secteur de la santé publique pour toucher à la stabilité des États, à la résilience économique et à l’intégration régionale.
Évoquant les enseignements des crises récentes, le ministre a particulièrement insisté sur la nécessité de maintenir les investissements dans la prévention, même en période d’accalmie. Une orientation qui rejoint l’ambition du programme HeSP, dont la nouvelle phase doit notamment consolider la surveillance épidémiologique, développer les compétences, promouvoir la recherche et améliorer la coordination entre les institutions régionales.
La Banque mondiale mise sur la résilience des systèmes de santé

Partenaire financier majeur de cette initiative, le Groupe de la Banque mondiale a réaffirmé sa volonté d’accompagner les États dans la construction de mécanismes de sécurité sanitaire plus robustes.
Dans son mot de circonstance, Charlotte NDAW SAKO, représentante résidente de la Banque mondiale au Congo, a rappelé que les urgences sanitaires ne compromettent pas uniquement la santé des populations. Elles affectent également la croissance, les investissements, les échanges commerciaux et les perspectives de développement. « Investir dans la préparation aux crises sanitaires est l’un des investissements les plus efficaces pour protéger les populations, préserver les acquis du développement et renforcer la résilience des économies », a-t-elle déclaré.
Elle a, par ailleurs, appelé les différents acteurs à rompre avec le cycle de mobilisation ponctuelle qui caractérise souvent la gestion des épidémies, au profit d’engagements financiers et institutionnels inscrits dans la durée.
L’approche « Une Seule Santé » comme socle de l’action régionale

Au-delà des engagements politiques et financiers, la conférence entend promouvoir une vision intégrée de la sécurité sanitaire. C’est précisément le fondement de l’approche « Une Seule Santé », qui établit un lien étroit entre la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale.
Fulgence LIKASSI-BOKAMBA, Commissaire de la CEMAC, a défendu cette orientation en soulignant que la vulnérabilité sanitaire d’un pays peut rapidement devenir celle de toute une région. Il a notamment mis en avant les efforts de la Commission communautaire en matière d’harmonisation des politiques publiques, de surveillance et de préparation aux maladies à potentiel épidémique.
De son côté, Virgil KOUASSI LOKOSSOU, Directeur des services de santé de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), a plaidé pour le renforcement des capacités nationales, une meilleure implication des communautés et la recherche de résultats concrets et mesurables.
2027 en ligne de mire
Articulé autour de cinq composantes, le programme HeSP couvre la prévention, la détection, les interventions d’urgence, la gestion des crises ainsi qu’un mécanisme de financement d’urgence mobilisable en cas de menace majeure. Les échanges de Brazzaville doivent permettre de capitaliser les expériences acquises, d’identifier les innovations, de consolider les partenariats et surtout d’adopter une feuille de route commune définissant les priorités opérationnelles pour 2027.
À travers le lancement de son volet Afrique centrale, cette initiative va ouvrir ainsi une nouvelle séquence de coopération entre la CEMAC, l’OOAS, la Banque mondiale et les États participants. Pour les différentes délégations, le véritable défi sera désormais de transformer les engagements formulés à Brazzaville en capacités opérationnelles durables. Car, en matière de sécurité sanitaire, la meilleure réponse à une prochaine épidémie se construit bien avant son apparition.
Photos :
- Les participants posant pour la postérité ;
- Le Ministre ouvrant les travaux de la conférence ;
- Vue des participants los des échanges.
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