La réaction de Rosine Pulchérie Andrée GOUAMA est intervenue au lendemain de la tenue à Brazzaville du 23 au 24 janvier dernier de la session du Conseil national de l’Union Panafricaine pour la démocratie sociale. Un Conseil qui a acté la non présentation par le parti d’un candidat à la présidentielle du 15 mars. Le comble de la fissure béante existant déjà depuis des années entre Pascal TSATY MABIALA, président de l’UPADS et cette femme, membre du parti et coordonnatrice de la Renaissance , un courant conservateur et défenseur des idéaux panafricanistes du fondateur de cette formation politique, le professeur Pascal LISSOUBA. Dans cette interview, madame GOUAMA conteste cette décision dont elle pense qu’elle sonne comme un coup de grâce sur le parti, annonçant de fait son soutien pour un candidat indépendant en l’occurrence Anatole LIBONGO NGOKA en faveur de qui elle s’engage à mobiliser les militants du parti et les Congolais plus généralement.

Groupe Congo Médias : Le Conseil national de l’UPADS a acté la non-présentation d’un candidat à l’élection présidentielle de mars. En tant que cadre du parti et coordonnateur d’un courant, est-ce que cette décision vous surprend ?

Rosine Pulchérie André GOUAMA : Oh que non !  On le dit depuis le 15 octobre 2024 et  on ne cesse de le dire. On savait que ça devait arriver. Ce qui s’est passé en 2021 devait être répété. Ce n’est pas dans l’intérêt de celui qui est à la tête de l’UPADS actuellement d’aller aux élections présidentielles. Ça fausse son deal. Le deal c’est que tu as de l’argent, tu te calmes, tu restes là où tu es. Il ne peut pas aller à l’encontre de ses fournisseurs, de son soutien.   Ça ne nous surprend donc pas, nous en tant que la Renaissance. Nous savions depuis longtemps que ceux qui se disent UPADS actuellement ne vont pas aller aux élections présidentielles. Ce n’est pas dans leur intérêt. Et ça ce n’est pas l’UPADS pour nous, c’est un groupement de personnes ont pris le nom de notre parti, qui ont pris le siège, l’armoirie et tout du parti et qui sont en train de l’utiliser à leur compte. C’est tout.

G.C.M : Vous pensez donc que cette décision peut renforcer les fractures qui existent déjà au sein du parti ?

R.P.A.G : C’est ce qui va même faire que ça puisse vraiment détruire le peu qui reste du parti parce que les gens sont estomaqués, ils sont révoltés de voir comment est-ce qu’on est en train d’emmener un parti. C’est quoi le principe d’un parti politique ? C’est aller à la conquête du pouvoir. C’est quoi le principe d’un parti de l’opposition ? C’est s’opposer au pouvoir en place. Maintenant, quand vous devenez l’accompagnateur de ce pouvoir, vous n’êtes plus de l’opposition. Donc nous devons réfléchir vraiment correctement à savoir le rôle du chef de file de l’opposition. Qu’est-ce que c’est ? Il n’est plus chef de file de l’opposition. C’est un membre de la majorité présidentielle. Et aujourd’hui, je crois que les militants vont vraiment être d’accord avec nous pour une fois encore. Nous l’avons toujours dit. Et aujourd’hui, M. Pascal TSATY MABIALA nous montre son vrai visage. Il était venu non pour l’UPADS, mais pour détruire le parti du professeur Pascal LISSOUBA et pour s’occuper de sa progéniture, de son propre intérêt. Ce n’est pas pour l’intérêt des militants de l’UPADS ou bien du peuple congolais. Non, non et non.

G.C.M : Au-delà des éléments contenus dans le communiqué final des travaux du Conseil national , existent-ils selon vous les raisons politiques, stratégiques ou institutionnelles plus profondes qui ont pesé dans ce choix ?

R.P.A.G : Non, il n’y en a pas. Il n’y a pas une raison qui a dû peser dans ce choix. De toutes les façons, ce n’est pas une idée réfléchie. C’est l’idée d’un dictateur, d’une seule personne, parce que lui, quand il prend la parole, quand il a parlé, c’est fini, c’est amen, alléluia, personne ne doit s’opposer. Si tu t’opposes, on t’enlève. Le seul parti au Congo qui sanctionne et puis radie les militants, c’est l’UPADS. Où est-ce que vous avez déjà vu un parti qui a besoin des militants, mais il est en train de radier tous ces militants, que les militants partent, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec l’idée de celui qui est à la tête du parti. Non, non, non, rien n’est mûri, il n’y a rien qui est une idée collective, c’est l’idée d’une seule personne qui a fait son deal, qui sait comment il est en train de conduire le parti droit dans la fosse pour l’enterrer. Le cercueil UPADS est déjà dans le caveau.

G.C.M : Beaucoup d’observateurs estiment que l’absence répétée de l’UPADS, parce que c’était déjà le cas en 2021, aux grandes échéances électorales, affaiblit le pluralisme politique. Que leur répondez-vous ?

R.P.A.G : Ils ont totalement raison. Et au Congo, il n’y a pas de pluralisme politique. Il y a eu le pluralisme politique à l’époque du professeur Pascal LISSOUBA, président de la République, élu démocratiquement au suffrage universel. Depuis le retour en 2002 jusque-là, il n’y a jamais eu de pluralisme. C’est au bon gré du PCT. Quand ils veulent vous donner quelques sièges, on vous met là, on veut vous donner quelques pourcentages aux élections présidentielles et ça va. Basta, le reste, ils continuent à faire leur loi. Il n’y a plus de pluralisme au Congo. Regardez, tous les partis, ils sont à la majorité, tous ! Aujourd’hui, le fameux UPADS de TSATY MABIALA est à la majorité. Pour preuve, où est-ce que vous avez vu dans une démocratie dans ce monde, un chef de file de l’opposition qui va participer au congrès du parti au pouvoir ? Citez-moi un seul ! Nous, nous l’avons vu. Nous avons vu le premier secrétaire de l’Upads au congrès du PCT. Nous allons parler de l’opposition au Congo ? Ça n’existe pas.

G.C.M : Est-ce que vous pensez que cette stratégie peut satisfaire la jeunesse de l’UPADS ?

R.P.A.G : Non, non, non, du tout. La jeunesse de l’UPADS, les militants de l’UPADS sont remontés. Si vous pouvez prendre votre micro, vous balader. Je mets au défi la direction de l’UPADS, qu’elle fasse seulement la marche dans Diata (NDLR : Un quartier de Brazzaville qui abrite le siège de l’UPADS et fief du parti dans la capitale). On  va voir si les militants de l’UPADS vont être derrière eux (…) Nous , courant de la renaissance au sein du parti, nous ne  connaissons qu’une seule UPADS , celle où le président fondateur Pascal LISSOUBA  paix à son âme, est président. Il est l’unique président. Il ne peut pas y avoir un autre président vivant en UPADS. L’UPADS n’aura que des premiers secrétaires. Donc, ce qu’ils ont fait pour nous, c’est un non-événement. Ils ont tué Pascal LISSOUBA triple fois. Comme il disait lui-même que Pascal LISSOUBA c’est du passé, là vraiment il l’a carrément enterré. Mais moi je dis que  l’Upads   c’est un esprit et elle ne peut pas mourir.

G.C.M : Parlons de l’UPADS justement, de son avenir. Une décision, pas de candidature en 2021, pas de candidature en 2026. Alors, quelles conséquences cela pourrait avoir sur son image, sa crédibilité et son avenir ?

 R.P.A.G : L’UPADS, après 2017, ce n’est plus l’UPADS. Ce n’est que de nom. On utilise le nom de l’UPADS. Vous allez voir même l’armoirie, c’est maintenant l’UPADS avec fond blanc avec les trois palmiers, je ne sais pas ce qu’on a ramassé. Non, l’UPADS que nous reconnaissons, c’est la carte d’Afrique vert, jaune, rouge et les trois palmiers à l’intérieur. L’UPADS ne se limite pas au Congo,  c’est toute l’Afrique dans l’idée du président fondateur Pascal Lissouba. C’est un héritage que le président fondateur a laissé pour nous, peuple congolais en général, militants de l’UPADS en particulier et pour toute l’Afrique. C’est ça l’UPADS, le panafricanisme. Aujourd’hui on a résumé l’UPADS à une portion de personnes, une ethnie. C’est ça l’UPADS ? Regardez ce qu’ils ont sorti, leur secrétariat national. Allez-y voir les noms qu’il y a là. Allez-y voir les noms qu’il y a au conseil ! Allez-y voir au bureau politique ! J’ai les larmes aux yeux. Je crois que le professeur Pascal Lissouba, si aujourd’hui on peut aller l’exhumer, on le verra plus droit comme ça. Il est retourné dans sa tombe. Ce qui se passe là est aberrant, c’est vraiment inexplicable et inadmissible.

GCM : L’avenir de l’UPADS alors ?

 R.P.A.G : Il n’y a pas d’avenir. Avec TSATY  Mabiala à la tête de son parti qu’il a fait là, il n’y a pas d’avenir. Tout ce que nous lui demandons, qu’il quitte notre parti. Il a son armoirie. Qu’il donne n’importe quel nom qu’il veut. Qu’il quitte notre parti. Qu’il aille être dans la majorité présidentielle. Parce que c’est là-bas qu’il est.

GCM : Ce choix, selon vous ,  risque-t-il d’exacerber les divergences internes ou de renforcer les courants et sensibilités déjà existants au sein de votre parti ?

R.P.A.G : Mais déjà quand ils font leur messe, leur soi-disant congrès on exclut les gens, il y avait des gens qui ne pouvaient pas être au congrès parce que Pascal Tsaty Mabiala savait que si certaines personnes arrivent au congrès tout ce qu’il a fait passer en force ne le devait pas, il ne devait pas être président actuellement, il ne devait pas nommer un premier secrétaire. Où est-ce que vous avez vu un congrès qui se termine et on ne vote pas le conseil, ni  les membres du secrétariat national , ni le bureau politique ?Vous allez faire un conseil national,  le conseil national a plus de droits qu’un congrès ? Est-ce que c’est au Conseil national d’élire les membres du Conseil national ou du bureau politique et du secrétariat national ? Tout se fait au niveau du Congrès. Pourquoi ils n’ont pas fait ça au Congrès ? Repartez chez Tsaty Mabiala, posez-lui la question.

GCM : Pour terminer, Madame, quel message adressez-vous aujourd’hui aux militants et sympathisants de l’UPADS, peut-être désorientés par l’absence du parti dans la course à la présidentielle de 2026 ?

R.P.A.G : Ce que je vais dire au peuple congolais, à l’opinion nationale et internationale en général et aux militants de l’UPADS en particulier, c’est de ne pas perdre espoir parce qu’il y a encore des gens comme nous qui sont là. Et aujourd’hui, nous, au sein de la Renaissance, nous avons un candidat pour que l’UPADS ne soit pas vide. Les gens qui portent l’idéal du professeur Pascal Lissouba ont un candidat en la personne du camarade Anatole Libongo Ngoka qui sera candidat indépendant à la présidentielle. L’électorat de l’Upads est mobilisable. Nous allons la mobiliser dans la république, nous allons mobiliser les militants de l’Upads et tous les Congolais en faveur de notre candidat, Anatole Libongo Ngoka pour le changement, la quiétude, la renaissance de l’Upads et celle du Congo .

Je sais que rien n’est éternel, tout à une fin et ce qui se passe actuellement au sein de la direction de l’Upads aura une fin et ce jour-là il y aura un procès au sein du parti. Les gens vont répondre des actes posés au nom de l’Upads.

Propos recueillis par Jean Eudes GANGA MICKEMBY

Photo a la une : Rosine Pulchérie Andrée GOUAMA ( Droits réservés )

Photo intérieur: Rosine Pulchérie Andrée GOUAMA au milieu de ses camarades d’autres courants de l’UPADS lors d’une réunion le 22 avril 2025 à Brazzaville ( Droits réservés)

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