L’atelier de clôture du projet « Analyse socio-économique et écologique du système agroforestier Acacia–manioc » a mis en évidence une réalité désormais largement partagée par la communauté scientifique: le système agroforestier Acacia–manioc constitue une réponse crédible, durable et économiquement viable aux défis environnementaux et socio-économiques actuels. Présentés le vendredi 17 avril 2026 à l’Université Denis SASSOU NGUESSO de Kintélé, les résultats de la recherche sur ce modèle innovant, porté par un consortium international et soutenu par l’Union européenne, confirment le fort potentiel de cette approche pour transformer durablement les systèmes agricoles. Productivité accrue, préservation des sols, diversification des revenus et lutte contre le changement climatique figurent parmi les principaux atouts de l’agroforesterie, présentée par les experts comme une solution intégrée au développement rural au Congo.
L’atelier de clôture du projet « Analyse socio-économique et écologique du système agroforestier Acacia–manioc » a permis de mettre en lumière les performances d’un modèle agricole conciliant production vivrière et restauration écologique. Accueillie par l’Université Denis SASSOU NGUESSO, la rencontre a réuni chercheurs, étudiants, décideurs publics et partenaires techniques autour d’une ambition commune : promouvoir une agriculture plus résiliente et durable. Mis en œuvre par un consortium associant l’UDSN, la société SPF2B et l’Université de Liège, le projet s’inscrit dans le cadre du programme RESSAC, financé par l’Union européenne à travers le CIFOR-ICRAF.
Ouvrant les travaux de cet atelier stratégique, le vice-président de l’UDSN, Michel Didace MVOULA TSIERI, a rappelé la responsabilité sociale de l’université face aux grands enjeux contemporains. « La vocation de l’université est d’éclairer la société et de nourrir la décision publique par une connaissance utile et appliquée », a-t-il déclaré. Pour le dirigeant académique, le projet RESSAC illustre parfaitement cette mission en créant un pont entre le savoir scientifique, les réalités du terrain et les attentes des politiques publiques, dans un contexte de pression croissante sur les écosystèmes forestiers.
Des résultats qui réconcilient écologie et économie
Directeur de l’Institut Supérieur des Sciences Géographiques, Environnementales et de l’Aménagement (ISSGEA), Damase NGOUMBA a insisté sur la portée concrète des résultats présentés. « Le système Acacia–manioc démontre qu’il est possible de produire davantage tout en protégeant les forêts », a-t-il expliqué. Les études menées sur les Plateaux Batéké révèlent une amélioration significative de la fertilité des sols, une stabilisation des rendements agricoles et une augmentation des revenus des producteurs. Mieux encore, ce modèle agroforestier ouvre des perspectives supplémentaires, notamment en matière de crédits carbone, de production de miel et de diversification des chaînes de valeur.
Au cœur du projet, l’association Acacia–manioc repose sur une logique simple mais efficace consistant à combiner une culture vivrière essentielle à une essence forestière capable de restaurer durablement les sols. Contrairement au système traditionnel sur brûlis, cette approche permet de maintenir, voire d’améliorer, la fertilité des terres sur le long terme. L’un de ses atouts majeurs réside également dans sa contribution à la lutte contre le changement climatique. Les plantations d’acacias favorisent la séquestration du carbone, améliorent la structure des sols et réduisent la pression exercée sur les forêts naturelles. Les chercheurs ont par ailleurs mis en évidence le potentiel du système pour accéder à des mécanismes innovants, tels que les crédits carbone, offrant ainsi de nouvelles sources de financement aux communautés rurales.
Post-doctorant à l’Université de Liège et chef de projet, Yves KWIBUKA BISIMWA a souligné que : « Le manioc cultivé en système agroforestier peut atteindre des rendements proches de ceux de l’agriculture classique, tout en évitant la dégradation rapide des sols. Même avec une densité de plantation réduite, les performances restent élevées lorsque les pratiques culturales sont bien maîtrisées ».
Au-delà de l’aspect écologique, l’agroforesterie Acacia–manioc se distingue par ses retombées économiques. Les analyses socio-économiques montrent que ce système génère des revenus nettement supérieurs à ceux du manioc cultivé seul, grâce à la combinaison de plusieurs sources de valeur. « Lorsque l’on additionne les bénéfices du manioc, du bois, du miel et des services environnementaux, l’agroforesterie peut devenir jusqu’à neuf fois plus rentable que le système traditionnel », a renchéri le chef de projet. Selon lui, cette diversification renforce la sécurité économique des ménages ruraux et réduit leur dépendance à des pratiques destructrices comme le brûlis.
RESSAC : une science utile aux décideurs
Présentant la philosophie du programme, Richard SUFO KANKEU, Scientifique principal en changement climatique et gestion forestière au CIFOR-ICRAF, a rappelé que le RESSAC vise à produire une recherche directement mobilisable. « Nous faisons une science qui aide à décider, pas une science qui dort dans les tiroirs », a-t-il affirmé. Doté d’un budget de neuf millions d’euros, le programme a soutenu 26 projets dans cinq pays d’Afrique centrale, générant des publications scientifiques, des notes de politiques publiques et le renforcement des capacités de centaines de chercheurs.
Le programme RESSAC a également joué un rôle clé dans le renforcement des capacités nationales. Treize étudiants de master ont été formés, plusieurs articles scientifiques sont en cours de publication et une note de politique publique a été élaborée pour orienter les décisions des pouvoirs publics. Pour les responsables académiques, l’agroforesterie Acacia–manioc constitue aussi un formidable outil pédagogique. « C’est une véritable école de terrain pour les étudiants, qui apprennent à résoudre des problématiques réelles liées à la déforestation et à la sécurité alimentaire », a rappelé Damase NGOUMBA.
Au terme des échanges, les participants ont plaidé pour l’extension du modèle à d’autres zones du pays et pour la poursuite des partenariats scientifiques. Une perspective qui conforte la place de la recherche appliquée comme pilier de la transition écologique et du développement durable au Congo.
Photos :
- Les participants lors des travaux ;
- Le Présidium de la cérémonie d’ouverture ;
- Les participants posant pour la postérité
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