Stress chronique, épuisement professionnel, anxiété… Derrière les performances attendues dans les entreprises se cachent parfois des souffrances silencieuses. C’est autour de cette réalité que le Café citoyen du vendredi 9 octobre 2026 a ouvert un espace de réflexion consacré à la santé mentale et à la prévention du stress en milieu professionnel. Avec l’éclairage du psychologue clinicien Arsène Mexin MOUNDOUNGOU, les participants, à cette session organisée par l’association Avenir Nepad Congo, ont appelé à une nouvelle approche du travail, fondée sur l’écoute, la prévention et la reconnaissance du facteur humain.

Dans un environnement professionnel où la recherche de résultats, la pression des objectifs et les contraintes économiques occupent une place grandissante, la santé mentale des travailleurs apparaît comme un défi majeur. Longtemps reléguée au second plan, voire entourée de préjugés, elle devient aujourd’hui une question centrale de santé publique et de performance organisationnelle.

« Le travail est une source de fierté et d’épanouissement, mais force est de constater qu’il devient de plus en plus une source d’épuisement », a souligné l’animateur du débat, rappelant que l’Organisation mondiale de la santé évalue à 12 milliards le nombre de journées de travail perdues chaque année dans le monde en raison du stress, de l’anxiété et de la dépression.

Au Congo, cette problématique reste encore largement silencieuse. La peur du jugement, la crainte de perdre son emploi ou d’être considéré comme fragile conduisent de nombreux travailleurs à intérioriser leurs difficultés.

Quand la pression professionnelle devient une souffrance invisible

Pour le psychologue clinicien Arsène Mexin MOUNDOUNGOU, l’un des enjeux majeurs consiste à apprendre à distinguer une fatigue passagère d’un véritable épuisement psychologique. « À un moment donné, la vie professionnelle et la vie individuelle ne font plus de distinction. Le travail quitte le bureau et rentre à la maison. C’est là qu’on commence à observer les premiers signes d’une surcharge », a expliqué le spécialiste.

Selon lui, une mauvaise organisation du travail constitue l’un des facteurs importants du stress professionnel. L’accumulation des missions, l’absence de définition claire des responsabilités et les exigences permanentes peuvent progressivement fragiliser l’équilibre psychologique du travailleur.

« Il faut une charge de travail réaliste et des rôles clairement définis. Lorsqu’une personne est recrutée pour une mission précise et qu’on lui ajoute constamment d’autres tâches sans accompagnement, elle finit par ne plus pouvoir donner le meilleur d’elle-même », a-t-il précisé.

Faire de l’écoute une culture d’entreprise

Au-delà des responsabilités individuelles, le conférencier a insisté sur la nécessité d’une transformation collective des organisations. Pour lui, une entreprise soucieuse du bien-être de ses employés doit favoriser l’esprit d’équipe, la reconnaissance, la formation continue et les espaces de dialogue. « Vous pouvez donner le meilleur de vous-même dans une structure, mais si personne ne reconnaît vos efforts, même un simple merci, cela devient frustrant. La reconnaissance joue un rôle important dans la motivation », a-t-il relevé.

Le psychologue a également encouragé les travailleurs à adopter des pratiques simples de prévention : gestion du temps, respect des pauses, activité physique, sommeil suffisant et exercices de relaxation. « La santé mentale n’est pas un luxe. C’est une partie intégrante de la santé. Une personne qui se sent respectée, écoutée et soutenue travaille mieux », a-t-il insisté.

La santé mentale, un investissement et non une dépense

Interrogé à l’issue de son intervention, Arsène Mexin MOUNDOUNGOU a appelé les employeurs à changer de perception sur cette question. « La promotion de la santé mentale est un investissement et non un coût. Aujourd’hui, beaucoup de travailleurs souffrent en silence parce qu’ils n’ont pas de canaux de recours pour être accompagnés », a-t-il déclaré.

Pour lui, les entreprises doivent mettre en place des dispositifs d’écoute, former des relais internes et développer des partenariats avec les professionnels de la psychologie et de la psychiatrie.

Il a également rappelé que consulter un spécialiste ne signifie pas être atteint de folie. « Ce n’est pas seulement pour les personnes qui ont des troubles graves. Nous avons tous besoin, à certains moments de notre vie, d’une écoute et d’un accompagnement », a-t-il martelé.

Cette rencontre du Café citoyen aura ainsi permis de poser les bases d’un changement de regard : parler de santé mentale au travail n’est plus une faiblesse, mais une démarche de prévention indispensable pour construire des organisations plus performantes et plus humaines.

Photos :

  1. Vue des participants lors des échanges ;
  2. Le conférencier ;
  3. Les participants posant pour la postérité

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