jeudi, septembre 24

Réunis dans le cadre d’un dialogue multi-acteurs, les représentants de l’administration publique, organisations de la société civile, partenaires techniques, communautés locales et populations autochtones ont placé au centre des échanges les réponses au conflit homme-faune et les garanties à apporter aux communautés locales et populations autochtones dans la mise en œuvre de la Cible 3 du Cadre mondial de la biodiversité. Organisé par le Centre d’encadrement communautaire pour le développement (CECD) avec l’appui du Forest Peoples Program (FPP), l’atelier ouvert le vendredi 18 septembre 2026 à Brazzaville. Entre réformes juridiques, mécanismes d’indemnisation et gouvernance des espaces de conservation, les participants ont plaidé pour que la protection de la nature ne se construise pas au détriment de ceux qui en dépendent.

La conservation de la biodiversité change progressivement d’échelle au Congo. Elle ne se résume plus à la protection des espèces et à l’extension des espaces conservés. Elle pose également la question des droits, des moyens d’existence et de la participation des populations qui vivent dans ou autour de ces territoires. C’est tout l’enjeu du dialogue multi-acteurs consacré aux droits, au conflit homme-faune et à la mise en œuvre de la Cible 3 du Cadre mondial de la biodiversité, ouvert à Brazzaville.

Réunissant administrations publiques, organisations de la société civile, partenaires techniques, acteurs de la conservation, communautés locales et populations autochtones, la rencontre entend transformer les expériences du terrain en propositions susceptibles d’alimenter les réformes en cours.

Ouvrant les travaux, le Secrétaire Exécutif du Centre d’encadrement communautaire pour le développement (CECD), Erick Chrysosthome NKODIA, a présenté l’atelier comme un espace destiné à rapprocher les politiques publiques des réalités communautaires. « Cet atelier se veut un cadre privilégié qui devrait permettre à chacun de contribuer au renforcement du cadre juridique, réglementaire et institutionnel de la conservation en République du Congo, afin qu’il garantisse une approche fondée sur les droits, c’est-à-dire la reconnaissance et la protection des droits des communautés locales et populations autochtones sur leurs terres, terroirs et ressources clés », a-t-il déclaré.

Pour le responsable du CECD, la participation des communautés doit contribuer à préserver à la fois leur sécurité alimentaire, leurs moyens d’existence et leur capacité à prendre part aux décisions qui concernent leurs territoires.

Du droit écrit au droit réellement exercé

Au nom de Forest Peoples Programme (FPP), son responsable pays, Lassana KONE, a salué les avancées enregistrées par le Congo dans la reconnaissance des droits des populations autochtones. Il a notamment cité la loi n°5-2011, le décret n°2019-201 relatif à la consultation et à la participation, ainsi que les réformes engagées dans les secteurs foncier, forestier et faunique. Mais pour l’intervenant, le véritable enjeu se situe désormais dans l’effectivité de ces garanties.

« Un droit reconnu par la loi ne transforme véritablement les conditions de vie que lorsqu’il se traduit dans les procédures administratives, les décisions des autorités compétentes, les budgets nécessaires à allouer et l’accès à des recours et mécanismes effectifs. Notre responsabilité collective consiste donc à réduire la distance qui subsiste entre les droits reconnus et les droits effectivement exercés », a-t-il souligné.

Le conflit homme-faune, une question de justice

La question des dégâts provoqués par les éléphants et d’autres espèces sauvages constitue l’un des principaux points de discussion. Dans plusieurs zones forestières, la destruction des champs, vergers et autres biens affecte directement l’alimentation, les revenus et la stabilité des ménages.

Lassana KONE a rapporté le témoignage recueilli d’un membre d’une communauté faisant état de séparations conjugales liées aux conséquences économiques répétées des destructions de cultures. « Les conséquences du conflit homme-faune ne s’arrêtent pas aux limites d’un champ. Elles touchent l’alimentation, les revenus, la scolarisation des enfants et jusqu’à l’équilibre des familles », a-t-il relevé.

Cette réalité renforce, selon les participants, la nécessité d’un mécanisme de réparation plus accessible et prévisible, associant prévention, intervention rapide, évaluation contradictoire des dommages, indemnisation et voies de recours.

La Cible 3 comme nouvelle étape

Les discussions s’inscrivent également dans la mise en œuvre de la Cible 3 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Celle-ci prévoit la conservation d’au moins 30 % des espaces terrestres, des eaux intérieures et des espaces marins et côtiers à l’horizon 2030, tout en reconnaissant l’importance des droits des peuples autochtones et des communautés locales.

Au Congo, les échanges portent notamment sur les aires protégées, les autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCEZ) et les territoires autochtones et traditionnels.

Pour Lassana KONE, ces nouveaux mécanismes ne pourront produire pleinement leurs effets qu’à condition d’assurer la représentation des communautés, le consentement libre, informé et préalable, la transparence, le partage équitable des bénéfices et l’existence de mécanismes crédibles de plainte et de recours.

À l’issue des travaux, les participants doivent formuler des recommandations sur le mécanisme d’indemnisation du conflit homme-faune, la gouvernance des espaces de conservation et la mise en œuvre inclusive de la Cible 3 et de la Stratégie et plan d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) 2025-2030.

L’ambition affichée est ainsi de faire des réformes juridiques en cours non seulement des instruments de protection de la biodiversité, mais également des leviers de justice, de participation et de coexistence durable entre les communautés et la faune sauvage.

Photos :

  1. Les participants lors des travaux
  2. Le présidium de la cérémonie d’ouverture ;
  3. Les participants posant pour la postérité

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