Avec un portefeuille de 189 actions et des besoins de financement évalués à 8,883 milliards de dollars sur la période 2026-2035, la République du Congo entend franchir un cap dans sa politique climatique. Les autorités nationales, les Nations unies et les partenaires techniques et financiers se sont réunis , le lundi 19 octobre 2026 à Brazzaville, pour examiner et valider le plan d’actions et d’investissement de la troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0). Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de transformer les engagements environnementaux du pays en projets financés, mesurables et capables de concilier résilience climatique, croissance économique et amélioration des conditions de vie.
À l’approche de la 31ᵉ Conférence des Parties sur le climat (COP31), prévue à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre 2026, le Congo veut donner une portée concrète à ses ambitions environnementales. L’atelier national de validation du plan de mise en œuvre de la CDN 3.0 s’inscrit dans cette volonté de passer des orientations stratégiques à une programmation précise des interventions, assortie de responsabilités institutionnelles, d’échéances et de ressources financières identifiées.
Ouvrant les travaux, Arlette SOUDAN-NONAULT, Ministre de l’Environnement, du Bassin du Congo et du Développement Durable, Secrétaire Exécutive de la Commission Climat du Bassin du Congo, a rappelé que la protection du patrimoine naturel congolais ne saurait être considérée comme une simple obligation environnementale. Elle constitue, selon elle, un impératif de développement et un choix stratégique pour les générations présentes et futures.
« Il ne suffit pas de prendre des engagements. Encore faut-il se donner les moyens de les réaliser », a martelé la ministre, soulignant que le plan d’investissement doit permettre de hiérarchiser les priorités nationales et d’assurer leur intégration dans les politiques sectorielles et les instruments de programmation budgétaire. Cette exigence revêt une importance particulière dans la perspective du Plan national de développement (PND) 2027-2031, dont la finalisation représente une opportunité pour inscrire les investissements climatiques dans les priorités de l’action publique.
189 actions pour structurer la transition climatique
Présentant l’architecture technique du document, le Dr Komna Benjamin DJABARE, Directeur de Climate Analytics Africa et spécialiste des politiques climatiques, a détaillé un portefeuille de 189 actions couvrant notamment l’énergie, les forêts, l’agriculture, les infrastructures, les transports, les déchets, la biodiversité et les ressources en eau. La programmation prévoit une première phase, de 2026 à 2030, comprenant 85 actions prioritaires pour un budget estimé à 4,3 milliards de dollars, suivie d’une seconde phase destinée à prolonger les efforts jusqu’à l’horizon 2035.
En matière d’atténuation, le pays ambitionne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 22,02 % au titre de ses engagements inconditionnels. Cet objectif pourrait atteindre 47,82 % sous réserve de la mobilisation des soutiens internationaux nécessaires.
Pour le spécialiste, la valeur du document réside précisément dans sa capacité à organiser l’action publique autour d’objectifs vérifiables. « Le plan de mise en œuvre n’est pas un document supplémentaire […], mais c’est un outil qui transforme les engagements en résultats concrets et en investissements structurés », a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité de clarifier les responsabilités, les coûts, les calendriers et les mécanismes de suivi.
Le financement, principal verrou de l’ambition
Si la programmation technique est désormais structurée, son exécution demeure étroitement liée à la disponibilité des ressources. Les besoins globaux sont évalués à 8,883 milliards de dollars pour la période 2026-2035. Selon Abdourhamane DIALLO, coordonnateur résident des agences du système des Nations unies au Congo, environ 80,5 % de ces besoins relèvent du scénario conditionnel, dépendant notamment de financements internationaux.
L’enjeu dépasse la seule préservation des écosystèmes. Les effets du dérèglement climatique fragilisent déjà les communautés, les infrastructures et les activités économiques. Le coordonnateur résident a notamment évoqué la situation dans le département de la Likouala, où près de 17 000 personnes seraient affectées, selon les chiffres avancés lors de son intervention.
« Le Congo offre au monde un service écosystémique inestimable en maintenant son statut de puits net de carbone. En retour, la communauté internationale, les fonds climatiques et les partenaires multilatéraux et bilatéraux doivent répondre à l’appel par un soutien financier, technique et technologique prévisible à la hauteur des enjeux », a-t-il plaidé.
Il a également appelé à une mobilisation accrue du secteur privé et à une participation effective des collectivités, des organisations de la société civile, des femmes, des jeunes et des communautés vulnérables.
De la validation à l’exécution : le véritable test
Pour Denis KIRECHE, spécialiste de l’engagement pays au sein du NDC Partnership, l’adoption du plan ne constitue pas une finalité. Sa portée dépendra de son articulation avec les priorités nationales, de la coordination des partenaires et de la mobilisation effective des investissements.
La ministre Arlette SOUDAN-NONAULT a, de son côté, mis en avant les perspectives ouvertes par l’économie verte et bleue, les énergies renouvelables, la foresterie durable et les mécanismes de financement climatique. Elle a également rappelé la mobilisation annoncée de 3,65 milliards de dollars en faveur du Fonds bleu pour le Bassin du Congo, à l’issue de sa première table ronde.
Au-delà des annonces, le défi congolais est désormais celui de l’exécution : inscrire les projets dans les budgets, mobiliser les financements, renforcer les capacités nationales et mesurer les résultats sur le terrain. À l’approche de la COP31, la CDN 3.0 place ainsi le pays devant une exigence décisive : faire de son capital naturel non seulement un patrimoine à préserver, mais aussi un levier durable de transformation économique et de progrès social.
Photos :
- Les participants lors de la cérémonie d’ouverture ;
- La Présidium de la cérémonie d’ouverture ;
- La ministre lors de son allocution.
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