La célébration de la Journée Internationale de la Démocratie a pris, cette année, une résonance singulière à Brazzaville. Commémorée autour d’une causerie débat organisée, le lundi 15 septembre 2025, par l’Association Avenir NEPAD Congo, la rencontre qui a réuni chercheurs, universitaires et représentants de la société civile s’est muée en tribune non seulement d’évaluation de la pratique de la démocratie en Afrique et au Congo mais aussi pour repenser ce système importé de l’occident au prisme des réalités culturelles congolaises et bantoues. Un atelier au cours de laquelle Didier NGALEBAYE a présenté son « Modèle d’élection nominative » comme une solution aux interminables querelles qui entourent l’organisation des élections en Afrique
Dans son mot d’ouverture, le coordonnateur d’Avenir NEPAD Congo, Etanislas NGODI, a salué « un jour consacré à l’idéalisme démocratique, mais surtout à l’action ». Il a expliqué : « Cette journée est l’occasion de donner la parole aux penseurs et aux acteurs de terrain pour interroger ce concept, le confronter à nos réalités et tracer des perspectives adaptées à nos cultures. »
S’appuyant sur les enquêtes Afrobarometer menées par son organisation, le Dr Ngodi a dressé un constat sans complaisance : « Seuls 25 % des citoyens se sentent proches d’un parti politique et à peine 9 % déclarent avoir participé à une manifestation pacifique au cours de l’année. L’engagement citoyen reste faible, moins par désintérêt que par manque d’espaces de concertation et de confiance envers les institutions. »
Pour lui, la démocratie « n’est pas un slogan, mais une pratique quotidienne qui exige vigilance, courage et participation ». Il a plaidé pour un dialogue franc, respectueux et ouvert, afin de bâtir des systèmes politiques en phase avec notre histoire et notre avenir, aussi bien en Afrique qu’au Congo.
Un modèle d’élection nominative pour sortir des conflits postélectoraux
Invité d’honneur, Didier NGALABAYE, maître de conférences CAMES à l’Université Marien-Ngouabi, a livré une analyse incisive dans une communication intitulée « L’imposture de la démocratie occidentale dans le contexte des civilisations bantoues : avènement, impasse et devenir ».
Selon lui, « la Conférence de La Baule en 1990 a marqué l’entrée forcée du modèle démocratique occidental en Afrique centrale ». Mais ce modèle, a-t-il poursuivi, « se heurte aux valeurs et aux structures sociales bantoues ». Il oppose ainsi « le modèle familial atomique et individualiste de l’Occident » au modèle « communautaire des sociétés bantoues, fondé sur la spiritualité, la solidarité et le respect du droit d’aînesse ».
Pour sortir de cette impasse, le professeur NGALABAYE propose l’élection nominative, un mécanisme de transparence intégrale : dépouillement public dans de grands espaces, enquêtes de moralité ouvertes à la communauté et publication immédiate des procès-verbaux. « Chaque candidature est examinée devant les citoyens, avec la participation d’universitaires, de représentants des forces de l’ordre et de la société civile. Les résultats sont proclamés sur place et diffusés en temps réel. Cette méthode supprime le contentieux électoral et restaure la confiance entre gouvernants et gouvernés », a-t-il expliqué, estimant que ce système permettrait aussi « d’économiser d’importantes ressources publiques aujourd’hui gaspillées dans des processus opaques ».
Restaurer la confiance citoyenne
Les discussions ont également souligné l’importance d’outils d’observation indépendants, tels que l’Observatoire sur la démocratie participative en Afrique, présenté par l’expert Denis Oba. « Ces mécanismes permettent de suivre la participation citoyenne et d’identifier les blocages qui freinent l’adhésion populaire au processus démocratique », a-t-il noté.
De son côté, Alain AKOUALA-ATIPAULT, président de la Commission nationale du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, a regretté que l’introduction de la démocratie ait favorisé « l’émergence progressive de mouvements politiques fondés sur l’appartenance ethnique, au détriment du vivre-ensemble qui prévalait sous le parti unique ».
Cet atelier s’est voulu un « creuset d’idées neuves » pour repenser l’avenir politique du Congo. Un consensus s’est dégagé sur l’urgence d’une gouvernance plus proche des populations, afin que la démocratie ne soit plus perçue comme un modèle importé, mais comme un processus vivant, ancré dans la culture et l’histoire africaines.
Photos :
- Les participants posant pour la postérité ;
- Le présidium de la cérémonie d’ouverture
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