Les acteurs de la société civile engagés dans la gouvernance forestière et climatique ont passé au crible l’application des réformes engagées par le Congo, le lundi 30 mars 2026 à Brazzaville. Entre avancées notables, failles structurelles et urgences communautaires, l’atelier stratégique du GESOP, organisé avec l’appui financier du ministère britannique des Affaires étrangères (FCDO), a permis de dégager des priorités claires de plaidoyer pour 2026, sous l’impulsion de la Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH), en partenariat avec l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH).

Cadre d’évaluation stratégique pour la société civile, la rencontre du Groupe des Experts pour la Synergie des Organisations et des Plateformes de la Société Civile (GESOP) a réuni plus d’une vingtaine de participants issus de la société civile et des médias dans la capitale congolaise.

Les échanges de cet atelier , qui s’inscrit dans le cadre de la phase 2 du projet « Construire des coalitions entre les pays producteurs et consommateurs afin de renforcer la gouvernance forestière par le biais de la sensibilisation, du suivi, de la réforme juridique et d’un engagement stratégique avec les cadres commerciaux et réglementaires européens » FGMC II, ont porté sur l’évaluation des avancées en matière de gouvernance forestière, climatique et foncière en République du Congo.

Dans son allocution d’ouverture des travaux, initiés dans le but d’évaluer la prise en compte des recommandations de la société civile et de définir les priorités de plaidoyer pour 2026, le coordonnateur national de la RPDH, Christian MOUNZEO, a rappelé les engagements internationaux souscrits par le pays en matière de gestion durable des écosystèmes, ainsi que l’importance stratégique du couvert forestier congolais, estimé à 23,5 millions d’hectares, soit près de 69 % du territoire national.

« Le Congo s’est engagé dans plusieurs processus majeurs de gestion durable des ressources naturelles. Ces engagements ont conduit à des réformes importantes, mais leur impact réel sur l’économie nationale et sur les droits des communautés locales et populations autochtones demeure encore très limité », a-t-il déclaré.

Réformes forestières : des avancées freinées par l’application

Les échanges ont mis en lumière les progrès normatifs réalisés depuis l’adoption du Code forestier de 2020. Daniel NDINGHA, intervenant pour le GTMA, a souligné que sur les 84 textes d’application prévus, 20 ont été élaborés, intégrant plus de 70 % des contributions de la société civile.

Cependant, ces chiffres contrastent avec la réalité du terrain. La faible effectivité des lois, l’opacité persistante dans la gestion des revenus forestiers et la marginalisation des communautés locales demeurent des défis majeurs. « Malgré l’extension de l’ITIE au secteur forestier, la contribution de ce secteur à l’économie nationale plafonne à environ 5 % du PIB, et les retombées sociales demeurent quasi invisibles pour les communautés riveraines », a relevé Sylvie MFOUTOU BANGA, coordonnatrice de l’ODDHC, lors de la présentation du rapport ITIE 2023.

Communautés locales et climat : des attentes toujours insatisfaites

Les participants ont longuement débattu de la non-effectivité du partage des bénéfices, de la faiblesse des mécanismes REDD+, du flou entourant les crédits carbone et du manque de transparence du Fonds de Développement Local (FDL). Présentant les priorités stratégiques du GESOP pour 2026, Nina KIYINDOU, Directrice exécutive de l’OCDH, a souligné l’impact négatif de la méconnaissance par les  communautés de leurs droits, combinée à l’absence de données publiques fiables qui affaiblit considérablement l’impact des réformes engagées.

À l’issue des travaux de groupe, plusieurs axes prioritaires ont été retenus, notamment le suivi strict de la mise en œuvre du Code forestier, la transparence des revenus forestiers, le contrôle des marchés carbone, la protection des défenseurs des droits humains et le renforcement des capacités de la société civile. « Le GESOP doit désormais parler d’une seule voix, renforcer ses capacités techniques et peser davantage dans les espaces de dialogue avec l’État et les partenaires », souligne le communiqué final.

Parmi les recommandations phares figurent l’élaboration et la publication accélérée des textes d’application du Code forestier et des lois sur la transparence ; le renforcement du contrôle et de la transparence dans le partage des bénéfices forestiers et climatiques, notamment ceux issus de la REDD+ et des marchés carbone ; ainsi que la mise en place d’un cadre juridique clair pour la protection des défenseurs des droits humains et l’assainissement de l’espace civique.

S’y ajoutent la sensibilisation et le renforcement des capacités des communautés locales et populations autochtones sur leurs droits, le fonctionnement du FDL et les mécanismes de négociation, ainsi que le suivi rigoureux de l’interdiction de l’exportation du bois en grumes et des mécanismes de traçabilité.

À travers cet atelier, la société civile congolaise réaffirme sa volonté de jouer un rôle central dans la construction d’une gouvernance forestière et climatique plus juste, plus transparente et véritablement bénéfique pour les populations.

Photos :

  1. Vue des participants lors des travaux
  2. Le Coordonnateur de RPDH et la Directrice de l’OCDH

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