La presse congolaise a commémoré, le vendredi 8 mai 2026 à Brazzaville, la Journée mondiale de la liberté de la presse. Portée par l’Union des Professionnels de la Presse du Congo (UPPC) et Journalisme et Éthique Congo (JEC), la célébration a réunis journalistes, régulateur et représentants des institutions et permis de faire un diagnostic sans complaisance de l’état de la presse nationale, tout en appelant à un sursaut collectif pour un journalisme responsable, économiquement viable et au service de la paix.
Cette édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée en différé, restera singulière dans l’histoire médiatique congolaise. Pour la première fois, la commémoration a été l’œuvre des associations professionnelles elles-mêmes avec l’appui du Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC).Une rupture assumée avec les précédentes éditions, traduisant la volonté des journalistes de reprendre la main sur les débats qui engagent l’avenir de leur profession.
Dans une déclaration conjointe lue par le Directeur exécutif du JEC, Arsène Sévérin NGOUELA, l’UPPC et le JEC ont salué « l’engagement quotidien des journalistes congolais qui, malgré un environnement économique et social contraignant, continuent d’exercer avec courage et sens de la responsabilité ». Les deux organisations ont rappelé que la liberté de la presse ne se limite pas à l’absence de censure, mais suppose un journalisme professionnel, éthique et attaché à l’intérêt général.
S’inscrivant dans le thème retenu par l’UNESCO, « Façonner un avenir en paix », elles ont mis en garde contre la montée des discours de haine, la manipulation de l’information et les dérives des réseaux sociaux. « Le journalisme congolais ne doit pas être un facteur de division, mais un artisan du vivre-ensemble », ont-elles insisté, soulignant que produire l’information exige rigueur, retenue et responsabilité sociale.
Entre avancées et fragilités persistantes
Les organisations professionnelles ont également pris acte du classement 2026 de Reporters sans frontières, qui situe le Congo à la 68ᵉ place mondiale. Si cette position traduit certaines avancées, notamment l’absence de journalistes emprisonnés pour délit de presse, elle révèle aussi la vulnérabilité de l’environnement médiatique. « Des formes d’intimidation subsistent et la précarité demeure le principal talon d’Achille de la presse congolaise », ont-elles alerté.
Faibles rémunérations, absence de contrats de travail, manque de protection sociale et quasi-disparition des formations continues : le constat dressé est sévère. Pour l’UPPC et le JEC, « aucune liberté de la presse ne peut être durable sans indépendance économique des médias et sans accès équitable aux sources d’information ».
Appel à la responsabilité et à la régulation
Dans son allocution, le Président du Conseil d’administration de l’UPPC, Jean-Charles MANIONGUI, a rappelé les fondements historiques de la Journée mondiale de la liberté de la presse, héritée de la Déclaration de Windhoek. Il a dénoncé la prolifération de médias non professionnels et l’impact des nouveaux outils numériques, appelant à « une reconfiguration du paysage médiatique congolais pour le rendre plus cohérent, plus humain et plus crédible ».
Le président du CSLC, Médard MILANDOU NSONGA, a pour sa part souligné la responsabilité partagée entre liberté et éthique. « Un journalisme sans déontologie est une menace pour la société », a-t-il déclaré, exhortant les professionnels à être des bâtisseurs de paix dans un monde traversé par les conflits et les mutations technologiques.
Moment fort de la cérémonie, le témoignage de Asie Dominique de MARSEILLE a mis des mots sur les maux du métier. D’une voix empreinte d’émotion, il a dénoncé la disparition des conférences de rédaction et l’effritement des mécanismes de transmission du savoir. « Sans conférence de rédaction, le journalisme meurt », a-t-il lancé, appelant les autorités et les dirigeants de médias à restaurer les fondamentaux du métier.
Cette première célébration portée par l’UPPC et le JEC a résonné comme un appel urgent à l’action. Plus qu’une commémoration, elle a posé les bases d’un débat de fond ; celui de la survie et de la crédibilité de la presse congolaise, indissociables de la vitalité démocratique et de la paix sociale.
Photos :
- Vue des Participants dans la salle ;
- Les officiels posant pour la postérité
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