jeudi, septembre 24

Le philosophe Didier NGALEBAYE a invité les jeunes à rompre avec les logiques partisanes qui les marginalisent et à sortir du cycle de dépendance politique dans lequel ils demeurent enfermés. Lancé mardi 15 septembre 2026 à Brazzaville, lors de la quatrième  session du Café citoyen organisé par l’association Avenir Nepad Congo, cet appel s’inscrit dans une réflexion critique sur la place de la jeunesse dans la vie politique congolaise. Malgré son poids démographique, cette frange importante de la population reste encore en marge des principaux espaces de décision. L’expert préconise ainsi une « radicalité éthique », fondée sur la prise de conscience individuelle, le refus de la dépendance politique et la réforme des mécanismes de participation des jeunes.

Intitulée « Radicalité éthique et participation politique de la jeunesse congolaise : actualité, limites et horizon perfectif », la réflexion de Didier NGALEBAYE part d’un constat qu’il juge difficilement conciliable avec la réalité politique : une population largement jeune, mais dont le poids démographique ne se traduit pas nécessairement par une influence équivalente dans la conduite des affaires publiques.

Pour l’universitaire, le problème ne réside donc pas uniquement dans l’absence des jeunes des centres de décision. Il se trouve également dans le modèle de participation politique qui les conduit, selon son analyse, à soutenir des acteurs et des mécanismes dont les résultats ne répondent pas toujours à leurs propres préoccupations.  « Pour une campagne donnée, dès que quelqu’un est élu, il change le numéro de téléphone, il change le personnel de protocole et il n’est plus joignable parce qu’il sait qu’il vous a déjà remis 2 000 francs et un t-shirt. Il faut que les jeunes cessent de se faire manipuler, moyennant 2 000 francs et un t-shirt », a-t-il déclaré.

Il dénonce notamment la prépondérance du parrainage politique et ce qu’il présente comme une relation de dépendance entretenue entre les jeunes et les acteurs politiques établis. « Les leviers réels, c’est une situation difficile pour les jeunes. […] Aujourd’hui, il n’y a plus l’État. Ce qui existe là, c’est un vaste abus de langage. Ça fonctionne selon les quatre critères. Donc, quand vous venez en tant que Congolais, on ne vous voit pas. Mais quand vous venez, vous dites : “Je suis recommandé par un tel”, là maintenant, on vous voit. Ça, ce n’est plus un pays. Et c’est notre responsabilité de le dire. »

Le dialogue intergénérationnel questionné

L’un des points saillants de la communication concerne le dialogue intergénérationnel. Didier NGALEBAYE estime que cette notion mérite d’être interrogée lorsqu’elle masque des intérêts divergents entre générations.

Dans son raisonnement, les générations installées dans les responsabilités chercheraient prioritairement à préserver leurs acquis, tandis que les jeunes seraient encore confrontés à l’emploi, à la précarité et à la recherche d’une sécurité sociale.

Cette différence de situation nourrit, selon lui, un malentendu qu’il invite à dépasser par une prise de conscience individuelle. « Le dialogue aujourd’hui n’est pas possible quand on le fait, c’est un abus de langage parce que vous n’avez pas les mêmes intérêts. Mais si vous démissionnez massivement, ils vont prendre peur. […] C’est à ce moment-là qu’ils vont négocier avec vous et vous mettrez par écrit vos exigences. Vous percevez la nuance. »

La « radicalité éthique » comme rupture

Loin d’appeler à la confrontation ou à la violence, le philosophe définit sa « radicalité éthique » comme une démarche de prise de conscience et de responsabilité. La première rupture, soutient-il, doit se produire dans les consciences.

Il invite ainsi les jeunes à ne plus considérer leur avenir comme dépendant exclusivement de la volonté des générations précédentes. « Le levier essentiel de ces propositions, c’est que la conscience individuelle soit choquée. Donc, si vous ne vous choquez pas, vous ne vous remettez pas en cause. Les jeunes ont passé tout le temps à croire que les vieux peuvent assurer leur bonheur. Et ils sont dans la situation actuelle. […] La question que Socrate vous a laissée : connais-toi toi-même. Je suis jeune. Que puis-je faire individuellement et que pouvons-nous faire collectivement ? »

Sortir de la dépendance électorale

Dans cette perspective, Didier NGALEBAYE appelle notamment les jeunes à reconsidérer leur rapport aux formations politiques et aux pratiques électorales. Il évoque la possibilité de démissions massives des partis, mais aussi le recours à des candidatures indépendantes.

L’universitaire considère par ailleurs que les conditions financières d’accès aux élections constituent un autre sujet de réflexion. Il propose notamment de ramener les cautions électorales à un niveau permettant une participation plus accessible.

« Que les jeunes démissionnent massivement de tous les ethno-partis qui existent pour qu’ils s’organisent entre eux avec des candidatures indépendantes pour lesquelles ils n’auront pas besoin d’argent pour battre leur campagne, mais à condition d’avoir saisi les autorités d’une façon convenable, de telle manière que la caution financière qui est exigée soit ramenée au strict nécessaire. De 25 millions, je crois, si on la ramène à 2 ou 5 millions, ça serait quelque chose de bien. »

Au-delà de la responsabilité individuelle, la communication ouvre ainsi un débat sur les règles institutionnelles de la participation politique. Limitation du cumul des fonctions, respect du départ à la retraite, renouvellement générationnel et amélioration des conditions d’accès aux responsabilités figurent parmi les pistes avancées.

Pour Didier NGALEBAYE, le véritable enjeu consiste à faire évoluer le pays d’une logique de « débrouillardise gouvernementale » vers une gestion davantage structurée, fondée sur des politiques publiques évaluables et adaptées aux réalités sociales.

La quatrième session du Café citoyen aura ainsi placé au centre des échanges une interrogation de fond : comment transformer une majorité démographique en véritable force de participation citoyenne et politique ? Une question qui, au-delà du seul débat générationnel, renvoie aux mécanismes de représentation, à la responsabilité individuelle et aux conditions d’accès aux responsabilités publiques.

Photos :

  1. Vue des participants lors des échanges ;
  2. L’expert lors de sa communication ;
  3. Les participants posant pour la postérité

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