Loin d’un réquisitoire contre le scrutin du 15 mars 2026, le rapport de veille citoyenne présenté à la presse, le samedi 25 juillet 2026 à Brazzaville, par l’Association Avenir Nepad se veut un outil d’analyse et de proposition. Élaboré à partir d’une observation indépendante menée dans sept départements du Congo, le document met en lumière les forces et les limites du processus électoral, tout en appelant les pouvoirs publics, les institutions, les partis politiques et la société civile à engager des réformes destinées à renforcer la confiance des citoyens avant les prochaines échéances électorales.

Quatre mois après l’élection présidentielle d l’Association Avenir Nepad a choisi d’ouvrir le débat sur l’avenir de la gouvernance électorale en République du Congo. Réunis au siège de l’organisation à l’occasion d’une conférence de presse marquant également le lancement du « Café citoyen », les responsables de l’association ont dévoilé un rapport de veille citoyenne de plus de quarante pages consacré à l’ensemble du processus électoral.
Réalisée dans le cadre du projet « RECIPE – Renforcement de l’engagement citoyen aux processus électoraux en République du Congo », avec l’appui du CCFD-Terre Solidaire, cette étude s’appuie sur une méthodologie mêlant observation de terrain, entretiens avec les parties prenantes, analyse des documents officiels, des contenus médiatiques et des réseaux sociaux.
Pour le coordonnateur d’Avenir Nepad, Dr Etanislas NGODI, l’objectif n’était ni de délivrer un jugement politique, ni de remettre en cause les institutions, mais de produire une lecture documentée du scrutin. « Cette veille citoyenne avait pour objectif de proposer une lecture indépendante du processus électoral afin d’apprécier les principes de transparence, d’inclusion, d’équité et de liberté. C’est aussi un document qui permettra d’alimenter les réformes des prochaines consultations électorales », a-t-il expliqué.

Une observation citoyenne déployée dans sept départements
Pour cette mission, Avenir Nepad dit avoir mobilisé 75 observateurs citoyens, répartis entre Brazzaville, Pointe-Noire, le Niari, la Sangha, la Cuvette, le Pool et les Plateaux. Leur mission consistait à suivre les différentes étapes du scrutin, depuis les opérations préélectorales jusqu’à la proclamation des résultats définitifs.
Le rapport décrit un climat préélectoral relativement calme, mais relève plusieurs préoccupations portant notamment sur la fiabilité du fichier électoral, l’absence d’audit des listes, la persistance de doublons, les difficultés rencontrées lors des opérations de révision des listes électorales ainsi que des phénomènes de « transhumance électorale » observés dans certaines localités.
L’étude attire également l’attention sur les défis liés à l’accès équilibré aux médias, à l’environnement politique et aux conditions d’exercice des libertés publiques durant cette période.
« Une élection démocratique, mais perfectible »
Face aux interrogations des journalistes, Etanislas NGODI a tenu à nuancer les conclusions du rapport. « Il serait hasardeux d’affirmer que cette élection n’a pas été démocratique. Plusieurs candidats ont participé à la compétition, ils ont été validés par les institutions compétentes et ont pu mener leur campagne. En revanche, nous avons identifié des dysfonctionnements qui méritent d’être corrigés pour renforcer la crédibilité du processus », a-t-il déclaré.
Selon lui, la démarche d’Avenir Nepad ne consistait pas à attribuer une note au scrutin, mais à identifier les améliorations possibles afin de consolider la confiance des citoyens dans les institutions électorales. Le rapport évoque notamment des disparités dans la visibilité médiatique des candidats, des inégalités dans les ressources mobilisées pendant la campagne ainsi que les effets de la désinformation sur les réseaux sociaux.
Une participation observée en retrait dans plusieurs centres urbains
Interrogé sur les raisons ayant conduit les observateurs à évoquer une faible affluence dans plusieurs bureaux de vote, le coordonnateur d’Avenir Nepad a insisté sur la distinction entre les constats de terrain et les statistiques officielles. « Nous ne contestons pas les résultats publiés par les autorités. Nous rapportons simplement les observations réalisées par nos équipes. Dans plusieurs bureaux visités, l’affluence est demeurée limitée durant une grande partie de la journée, alors que les mobilisations observées pendant la campagne ne se sont pas retrouvées dans les centres de vote », a-t-il expliqué.

Le rapport avance plusieurs facteurs susceptibles d’avoir influencé cette situation, parmi lesquels le faible renouvellement des cartes d’électeurs, la démotivation d’une partie des électeurs, les déplacements vers les localités d’origine ainsi que les conséquences de la coupure des télécommunications le jour du scrutin.
Malgré quelques retards dans l’ouverture de certains bureaux de vote et plusieurs irrégularités procédurales relevées par les observateurs, le document souligne que le scrutin s’est déroulé dans un climat globalement paisible, sans violences majeures.
Au-delà du bilan, Avenir Nepad entend faire de ce rapport un instrument de dialogue entre les institutions, les partis politiques, les organisations de la société civile et les partenaires impliqués dans la gouvernance électorale. L’association recommande notamment de renforcer l’indépendance des organes de gestion des élections, d’améliorer la qualité et la fiabilité du fichier électoral, de développer l’éducation civique, de garantir un accès plus équilibré aux médias et d’intensifier le dialogue politique autour des réformes électorales.
« Ce rapport est un document de mémoire, mais surtout un outil de travail. Il doit permettre de tirer les enseignements de l’élection présidentielle afin que les recommandations formulées puissent être prises en compte lors des élections législatives de l’année prochaine et des autres échéances électorales », a conclu le Dr Etanislas NGODI.
Avec le lancement du « Café citoyen », Avenir Nepad entend désormais inscrire cette réflexion dans la durée. L’initiative prévoit une série de conférences-débats réunissant chercheurs, universitaires, acteurs politiques, organisations de la société civile et médias afin de nourrir le débat public sur les grands enjeux démocratiques en République du Congo.
Photos
- Vue des journalistes et du coordonnateur lors des échanges ;
- Le Coordonnateur lors de son mot liminaire ;
- Photo de famille avec les journalistes
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