lundi, septembre 14

De Makotipoko à Kinshasa, les incidents s’accumulent et nourrissent une inquiétude grandissante sur les deux rives du Congo. Brazzaville, elle, maintient le choix du dialogue et de la voie diplomatique, privilégiant l’apaisement à l’escalade. Mais cette stratégie de retenue commence à être mise à l’épreuve par une opinion publique qui réclame des réponses plus fermes face à cette nouvelle affaire qui crispe les deux rives.  Désormais, une question s’impose : combien de temps encore le Congo pourra-t-il privilégier la patience sans que celle-ci soit interprétée comme un signe de faiblesse ?

Le climat s’alourdit entre les deux capitales les plus rapprochées au monde. Dernier épisode en date : l’interpellation, dimanche 6 septembre à Kinshasa, du colonel André OKO NGAKALA, Procureur de la République du Congo, alors qu’il séjournait dans la capitale de la République démocratique du Congo à titre privé.

Les circonstances précises de cette intervention restent à établir et les autorités compétentes sont attendues pour apporter les clarifications nécessaires. Selon les informations rapportées, le magistrat se serait rendu à Kinshasa dans le cadre d’un différend immobilier opposant des proches à des occupants accusés d’impayés et de dégradation de biens.

Une intervention de la police congolaise aurait été sollicitée pour faciliter l’expulsion des occupants. Mais l’opération aurait rapidement dégénéré. Le procureur aurait alors été pris à partie par des éléments des forces de sécurité de la RDC. Des témoignages évoquent une interpellation particulièrement musclée.

Le magistrat aurait notamment été agressé et menacé d’être déshabillé publiquement devant son épouse, avant d’être conduit de force dans un commissariat. Un enregistrement présenté comme attribué à la police de la RDC laisse par ailleurs entendre que son grade et sa fonction au sein de la République du Congo ne lui conféreraient aucun privilège sur le territoire voisin.

Makotipoko, une plaie encore ouverte

Cette nouvelle affaire intervient dans le sillage des incidents survenus le 26 août à une quarantaine de kilomètres en amont de Makotipoko, dans le département de la Nkéni-Alima.

Incidents au cours duquel, des éléments de la marine et de la gendarmerie nationales, engagés dans une mission de surveillance sur le fleuve Congo, auraient été appréhendés par des militaires de la RDC avant d’être conduits à Yumbi. Le bilan rapporté fait état de deux agents congolais capturés, un marin et un gendarme, tandis que deux agents de la force de l’ordre congolaise, auraient perdu la vie. Du côté de la RDC, un adolescent de 15 ans aurait trouvé la mort au cours de l’affrontement.

Face à la situation, Brazzaville avait renforcé son dispositif : activation d’un poste de commandement tactique, intensification du renseignement, renforcement des effectifs et déploiement d’une mission de reconnaissance. La voie diplomatique devait permettre de favoriser le règlement du différend et de retrouver les agents portés disparus.

La retenue de Brazzaville sous pression

Dans l’opinion, la succession de ces événements nourrit désormais une frustration croissante. Après Makotimpoko, des appels à la réciprocité avaient notamment circulé sur les réseaux sociaux, entraînant l’annulation de deux concerts d’artistes de la RDC programmés à Brazzaville.

Le gouvernement, pour sa part, a privilégié l’apaisement, évitant jusqu’ici la surenchère et privilégiant les canaux diplomatiques. Mais cette posture est désormais soumise à rude épreuve. Entre incidents sécuritaires, militaires capturés, disparitions signalées et attaques verbales de certains influenceurs de la RDC contre les autorités de Brazzaville, une partie de l’opinion estime que le seuil de tolérance pourrait être atteint.

Pour Brazzaville, l’enjeu est donc délicat : préserver la paix entre deux peuples liés par l’histoire et la géographie, tout en garantissant la dignité et la sécurité de ses ressortissants. Car si la diplomatie demeure le meilleur rempart contre l’escalade, son efficacité se mesure aussi à sa capacité à obtenir des réponses concrètes.

Photo : Les président des deux pays

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