Un séminaire-atelier consacré aux mobilités et aux échanges entre la République du Congo et la RDC a remis au centre du débat une réalité ancienne : la proximité des deux peuples contraste encore avec les obstacles qui entravent leur circulation et leurs échanges. Ouvert le mardi 8 septembre 2026 à Brazzaville, l’atelier, organisé par l’association Avenir NEPAD Congo grâce à l’appui financier de la Fondation Konrad-Adenauer, a réuni des chercheurs, des diplomates et des acteurs de la société civile autour de la gouvernance frontalière entre ces deux pays, qui partagent une frontière d’environ 2 400 kilomètres. Une rencontre au terme de laquelle les participants ont posé les bases d’une nouvelle dynamique de coopération transfrontalière. L’atelier, sanctionné par une déclaration dite de « Brazzaville », propose une série de mesures visant à faciliter la circulation, à sécuriser les frontières et à renforcer les échanges entre les deux pays.
Séparées par le fleuve Congo, Brazzaville et Kinshasa forment l’un des espaces urbains les plus proches au monde. De part et d’autre, les populations partagent des langues, des pratiques culturelles, des liens familiaux, des activités économiques et une histoire largement commune. Cette proximité exceptionnelle a été au centre des échanges, structurés autour de quatre problématiques: mobilité des personnes, commerce transfrontalier, gouvernance et sécurité humaine aux frontières, ainsi que coopération institutionnelle.
Pour la Professeure Déborah NZEGE, Chargée des programmes de la Fondation Konrad-Adenauer, les deux États doivent davantage exploiter cette proximité. « Les États sont appelés à collaborer, tant sur le plan culturel que dans les échanges commerciaux. Cette thématique est tellement importante qu’elle va nous inciter à réfléchir profondément », a-t-elle déclaré.
Le dialogue pour prévenir les tensions
Au-delà du simple diagnostic, la rencontre tenue dans le contexte sécuritaire récent dans certaines zones frontalières a donné une résonance particulière aux discussions. Pour le Dr Etanislas NGODI, Coordonnateur d’Avenir NEPAD Congo, les difficultés ne résultent pas d’une absence de textes, mais d’un déficit de collaboration et d’information.
« Le problème n’est pas au niveau des textes, mais plutôt au niveau du renforcement de la collaboration qui a toujours existé. Il faut renforcer l’information, l’éducation et la communication pour que ce vivre-ensemble soit vraiment une réalité vécue de part et d’autre des frontières », a-t-il expliqué.
L’universitaire qui, à long terme, voit dans le rapprochement des deux capitales un potentiel considérable pour l’intégration régionale, préconise notamment une gestion concertée des frontières, davantage d’implication des autorités locales et des services de sécurité, mais aussi une meilleure prise en compte des personnes vulnérables en mobilité.
Même constat pour Destin ELENGA NDZA, intervenant sur la gouvernance des frontières et la sécurité humaine. Selon lui, le dialogue doit être permanent et concerner aussi bien les gouvernements que les collectivités, les communautés et les chefs coutumiers. « Au sommet, on peut dire que ça va : il y a le dialogue, la diplomatie et l’entente entre les chefs d’État. Mais, au bas de l’échelle, il y a toujours des divergences et des problèmes entre les populations », a-t-il relevé. Il appelle également à la vigilance face à la désinformation et aux contenus générés par l’intelligence artificielle pouvant alimenter les tensions.
La mobilité constitue à la fois une opportunité et un défi. Chabel OSSIANA NGOI, qui a analysé ses dimensions démographiques et socio-économiques, estime que les États doivent mieux connaître les mouvements de population. « Il existe une main-d’œuvre que le Congo pourrait davantage valoriser. Mais il y a aussi beaucoup de flux que nous ne maîtrisons pas », a-t-elle indiqué.
Elle recommande notamment un recensement périodique des entrées et sorties et la mise en place de dispositifs d’accueil adaptés.
Une Déclaration pour passer à l’action
Adoptée le 9 septembre 2026, la Déclaration de Brazzaville constitue le principal aboutissement des travaux de cet atelier qui a réuni près d’une soixantaine de participants. Elle recommande d’abord la digitalisation des procédures migratoires, douanières et de contrôle, ainsi que la rationalisation des contrôles et une meilleure coordination entre les services.
Les participants demandent également une gestion concertée des espaces transfrontaliers, notamment des zones fluviales et insulaires, le renforcement de l’éthique des agents frontaliers et une participation accrue des collectivités territoriales. Sur la circulation des personnes, ils proposent un dispositif simplifié pour les résidents des zones transfrontalières, l’harmonisation progressive des procédures administratives et douanières et une meilleure protection des femmes et autres personnes vulnérables.
Commerce, sécurité et intégration
La déclaration appelle aussi à renforcer la coopération sécuritaire entre les deux pays, avec un mécanisme permanent de surveillance, d’alerte et de coordination. Dans le domaine économique, elle préconise la simplification des procédures commerciales, des mécanismes de paiement adaptés, l’accès au financement et la formation des commerçants.
Les participants encouragent par ailleurs les programmes conjoints de recherche, les bourses croisées, la coopération universitaire et sanitaire, ainsi que les initiatives en faveur de la jeunesse et de la valorisation du patrimoine commun.
Pour Gauthier BOYOKO, Deuxième conseiller à l’Ambassade de la RDC au Congo, cette dynamique doit s’appuyer sur les liens qui existent déjà. « Je pense qu’on est plus unis par le fleuve, comme deux pays siamois. Les deux Congo sont liés en tant que pays par le fleuve », a-t-il affirmé.
L’enjeu est désormais de passer des recommandations à leur mise en œuvre. Entre Brazzaville et Kinshasa, la proximité géographique et humaine constitue déjà un acquis. Reste à en faire un véritable moteur de mobilité, de sécurité, de développement partagé et d’intégration régionale.
Photos :
- Vue des participants lors des travaux ;
- Le coordonnateur, la chargée des programmes et le conseiller de l’ambassade ;
- Les participants posant pour la postérité.
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