mercredi, août 12

Accusées de multiplier des annonces tapageuses sans suites concrètes lors d’événements culturels très médiatisés, SIM Voyage et LBA Group Fret et Services font face à une vague d’indignation sans précédent sur les réseaux sociaux. Au cœur de la controverse : la dénonciation publique par l’humoriste Nelly MOUKOKO, dite Maman Nationale, d’une promesse financière de cinq millions de francs CFA jamais honorée par LBA Group, qui alimente, une fois de plus, le dossier SIM Voyage et la promesse d’un séjour à Dubaï faite aux artistes Mongo Nkamba et Ba Mbutu. Deux affaires distinctes, mais convergentes, qui interrogent frontalement l’éthique du mécénat culturel au Congo.

Annoncé sous les projecteurs du Forfait Rire, le séjour à Dubaï offert à deux jeunes humoristes congolais n’a, plus d’un an après, toujours pas été réalisé. Entre espoirs nourris sur scène, silences prolongés et batailles de versions, Groupe Congo Médias a mené une enquête pour éclairer une affaire qui questionne la crédibilité du mécénat culturel au Congo.

La scène avait tout d’un moment de grâce. Lors de l’édition 2024-2025 du Forfait Rire, grand-messe de l’humour portée par Weilfar KAYA, l’agence SIM Voyage remet, sous les ovations du public, un bon de voyage symbolique pour un séjour à Dubaï à Mierka MBANI NIENGO, alias Mongo Nkamba et Blackson Valter MATSIONA N’SILOULOU alias Ba Mbutu, deux figures montantes de l’humour web originaires de Pointe-Noire.

Billet géant en main, sourire aux lèvres, les images font instantanément le tour des réseaux sociaux. Pour beaucoup, l’instant symbolise l’émergence d’un mécénat culturel privé prêt à accompagner les jeunes talents congolais au-delà des frontières.

Le temps qui passe, la polémique qui enfle

L’émotion retombée, place à l’attente. Une attente qui s’éternise. Plus d’un an après l’annonce, le voyage n’a toujours pas eu lieu. Progressivement, le doute s’installe dans l’opinion, nourri par l’absence de communication officielle et par des publications virales accusant SIM Voyage d’avoir instrumentalisé les jeunes artistes à des fins de visibilité.

Au cœur de la controverse se cache une réalité administrative souvent tue dans l’enthousiasme des grandes annonces : les deux bénéficiaires ne disposaient ni de passeports, ni même, à l’époque, de cartes nationales d’identité.

SIM Voyage contre-attaque : « la promesse tient toujours »

Face aux accusations, Elithe ONGANIA, Directeur général de SIM Voyage, parle de procès d’intention. « Nous n’avons jamais renoncé à ce voyage. Le seul obstacle, ce sont les documents. Nous avons même participé à leur prise en charge lors de leur venue à Brazzaville », martèle-t-il.

Selon lui, pour la prestation des jeunes à Brazzaville,  l’entreprise aurait financé billets d’avion, hébergement et cachets, pour un montant avoisinant les 700 000 FCFA. « Dès qu’ils auront leurs passeports, ils peuvent se présenter à l’agence. La porte n’a jamais été fermée », insiste-t-il, dénonçant ce qu’il qualifie de campagne de dénigrement.

Weilfar KAYA, entre médiation et désillusion…

Promoteur de l’événement, Weilfar KAYA rappelle que le voyage n’avait aucun caractère contractuel. « Ce billet était un bonus, une surprise. Personne n’avait anticipé l’absence de passeports surtout qu’ils avaient pris un vol Pointe-Noire Brazzaville  pour venir prester», explique-t-il.

L’artiste affirme avoir facilité, en urgence, l’obtention des cartes nationales d’identité des deux humoristes à Brazzaville. Mais il déplore leur manque d’initiative par la suite. « Un artiste doit aussi se battre pour sa carrière. On ne peut pas tout faire à sa place, surtout quand on vit à l’étranger », confie-t-il, visiblement agacé par le silence prolongé des bénéficiaires face aux attaques visant l’entreprise et l’événement.

Les artistes reconnaissent les blocages et appellent à l’aide

Contactés par notre rédaction, Mongo Nkamba et Ba Mbutu se disent dépassés par les lourdeurs administratives. Ils reconnaissent n’avoir fait leurs formalités de départ pour Brazzaville que sur la base de l’acte naissance, ne disposant d’aucune autre pièce d’identité à l’époque.  « Nos passeports sont en cours. Nous avons les récépissés, mais le processus est long », explique Ba Mbutu. Les deux artistes estiment qu’un retour vers SIM Voyage ne peut se faire qu’une fois les documents disponibles, tout en sollicitant l’appui des autorités et des bonnes volontés.

Les critiques contre les SIM Voyage et LBA Group sont d’autant plus virulentes que ces entreprises sont dirigées par des Congolais, censés comprendre les réalités et les difficultés du milieu artistique local. « Comment peut-on humilier ses propres frères artistes devant tout un public ? », s’indigne un internaute.

LBA Group Fret et Services: le chèque symbolique devenu symbole du malaise

L’affaire a pris une tournure nationale après la révélation de Maman Nationale, affirmant n’avoir jamais perçu les 5 000 000 FCFA annoncés lors de son spectacle du 11 juin 2026 à l’Institut français du Congo. Ce soir-là, devant une salle comble, un chèque géant lui avait été remis sous les applaudissements nourris du public.

Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux, avaient suscité une vague d’émotion. En larmes, l’artiste y voyait une reconnaissance de son parcours et un signal fort de l’engagement des entreprises en faveur de la culture congolaise. Aujourd’hui, ce même geste est qualifié par de nombreux observateurs de « chèque en pacotille », devenu le symbole d’un malaise profond.

Des larmes de joie aux larmes de détresse

Dans un live TikTok diffusé le 30 juin 2026, l’humoriste a livré un témoignage bouleversant :« Allez mettre ça partout, je n’ai pas reçu l’argent. Quelle humiliation ! Mes enfants me demandent chaque jour quand l’argent arrive… Je n’ai rien reçu », a-t-elle confié, évoquant la pression familiale, les attentes de son équipe et le sentiment d’avoir été utilisée.

Au-delà du préjudice moral, l’artiste exprime désormais une inquiétude sécuritaire. Présentée à tort comme millionnaire, elle craint pour sa vie et celle de ses enfants, redoutant un braquage ou des actes malveillants liés à cette fausse perception.

La décision de saisir la justice

Face à l’ampleur des réactions, l’humoriste a publié un communiqué officiel annonçant confier l’affaire à son avocat. « Je fais le choix de ne plus alimenter les spéculations et de laisser la justice faire son travail », a-t-elle déclaré, mettant fin à toute prise de parole publique sur le sujet.

Ce choix est salué par de nombreux acteurs culturels, qui y voient une opportunité de poser un précédent juridique contre les abus dans le mécénat artistique.

 LBA Group se défend et donne une version opposée

Contacté par notre rédaction, Brice Archange LOUMBOU, PDG de LBA Group Fret et Services, rejette toute accusation de tromperie. Selon lui, la remise du chèque factice aurait été préparée à l’avance avec le consentement de l’artiste, dans une logique de mise en scène assumée. « Elle savait que le chèque n’était pas réel. Tout était planifié. Cette affaire relève d’une incompréhension amplifiée par les réseaux sociaux », soutient-il, évoquant même une volonté de nuire à son image professionnelle.

Alors que LBA Group annonce de nouveaux accords avec d’autres humoristes, dont Johnny Le Pleureur, l’indignation persiste.

Au-delà des responsabilités individuelles, ces affaires mettent en lumière l’urgence d’un mécénat culturel responsable, fondé sur des engagements clairs, écrits et respectés. Car lorsque la promesse devient illusion, c’est la crédibilité même du soutien à la culture congolaise qui se trouve fragilisée. Plus que de simples différends, ces dossiers révèlent les fragilités de la chaîne de soutien aux artistes. En attendant l’issue des démarches, une certitude demeure : dans un écosystème culturel en quête de crédibilité, chaque promesse publique engage bien plus qu’une image, elle engage la confiance.

Photos :

  1. Mongo Nkamba et Ba Mbutu brandissant le billet symbolique ;
  2. Les deux jeunes lors du spectacle ;
  3. Les captures des récépissés de passeports ;
  4. Maman Nationale recevant le chèque symbolique du représentant de LBA Group

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