Dans le but de trouver une solution idoine à la crise profonde que traverse la Fédération Congolaise de Football (FECOFOOT) et menace l’avenir du football au Congo, les membres affiliés à cette fédération ont sollicité l’intervention du premier ministre chef du gouvernement. Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre, Anatole Collinet MAKOSSO, ces acteurs du football congolais, dont les présidents de ligues départementales, les présidents de clubs, les officiels des matchs et les entraîneurs, dénoncent l’ingérence du ministre des Sports, Hugues NGOUELONDELE, dans les affaires internes de la fédération. Ce dernier aurait exacerbée une situation qui aurait pu être résolue de manière pacifique, mettant en péril les intérêts des acteurs du football congolais.
La correspondance datée du 30 novembre et déposée au Cabinet du Chef du gouvernement le 06 décembre dernier présente de manière exhaustive la situation à l’origine de la crise au sein de la FECOFOOT. Une crise qui, si on y prend garde conduira le football congolais dans un gouffre avec à la clé des possibles sanctions qui émaneront de la FIFA et la CAF, souligne le document. La lettre ouverte est pour ces acteurs, une occasion unique de présenter la situation au gouvernement de manière à ce qu’il prenne ses responsabilités pour éviter au football congolais une mise à l’écart qui aura de nombreuses répercussions sur le quotidien de ceux qui ne vivent que de ce sport.
Dans leur lettre ouverte, les membres de la FECOFOOT alertent sur les conséquences dramatiques d’une telle situation. En cas de sanction internationale de la FIFA, les jeunes footballeurs congolais risquent de perdre leurs opportunités de jouer, de se former, et de se développer dans le monde du football. Plus de 5000 jeunes congolais, dont certains ne sont pas scolarisés, vivent grâce à cette discipline. Une éventuelle suspension du football congolais aura des répercussions profondes sur leur avenir, notamment avec la non-participation des équipes nationales aux compétitions continentales, telles que les éliminatoires du CHAN et la CAN U20, ainsi que l’interdiction pour les arbitres, entraîneurs et officiels de participer à des compétitions internationales.
Face à cette crise, les membres de la FECOFOOT demandent l’intervention urgente du Premier ministre. « Vous voudriez bien vous préoccuper de cette situation pour laquelle la FlFA et la CAF ont lu les textes et ont dit le droit. Elles demandent au Congo d’en faire autant, ce en respect du caractère supra national desdits textes, nous vous invitons très respectueusement à le faire, au regard de l’ingérence flagrante du Ministre en charge des Sports et son obstination à ne reculer sur l’ensemble de tout et martelant qu’il est étranger à tout », sollicitent-ils, tout en précisant que si aucune solution n’est trouvée avant le 10 décembre 2024, date de la tenue du Conseil d’administration de la FIFA, la situation pourrait devenir un « enfer » pour les jeunes footballeurs du pays, et la réputation du Congo en matière de football pourrait être irrémédiablement entachée.

Le Ministre des sports au cœur d’une crise à la FECOFOOT ?
Dans cette lettre précise, les acteurs du football donnent des détails visant à aider le premier à mieux apprécier la situation et prendre des décisions qui s’imposent. Le document précise que les tensions ont débuté lors de l’assemblée générale extraordinaire du 2 septembre 2022, qui a permis l’élection de Jean Guy Blaise MAYOLAS à la tête de la FECOFOOT. Une élection marquée par des tentatives de sabotage, mais malgré les obstacles, MAYOLAS a été élu président. Par la suite, les membres de la FECOFOOT se sont alors retrouvés confrontés à un collectif de membres de l’assemblée générale, soutenus par le ministre des Sports, qui a lancé une motion de défiance contre la fédération le 4 juillet 2024, indique le document, tout en précisant que « les signatures des présumés signataires ont été obtenu moyennant des fartes sommes d’argent ».
Le climat s’est encore tendu lorsque, quelques jours plus tard, le ministre a décidé de fermer tous les stades, quelques heures avant la finale de la Coupe du Congo. La FECOFOOT, dans sa volonté de maintenir la compétition, avait prévu de la faire se dérouler dans son Centre Technique à Ignié, mais là encore, l’intervention de la police a conduit à l’arrêt des matchs et à l’expulsion des acteurs du football. Cette décision, selon les membres de la fédération, démontre l’ampleur de l’ingérence du ministre.
L’affaire s’est aggravée avec la suspension de deux journalistes sportifs pour avoir couvert ces événements. De plus, la Fédération a constaté que la couverture médiatique des activités de la FECOFOOT par les chaînes nationales a été suspendue, un autre signe inquiétant de l’ingérence du pouvoir politique.
Le 25 septembre 2024, un collectif soutenu par le ministre a organisé une assemblée générale illégale, donnant naissance à une commission ad-hoc sans légitimité. Malgré les avertissements de la FIFA, qui a notifié le 23 septembre que cette assemblée devait être suspendue en attendant une mission conjointe FIFA-CAF, cette commission a été mise en place, ce qui a conduit à un conflit ouvert avec les autorités sportives internationales.
Les membres de la FECOFOOT soulignent que cette ingérence va à l’encontre des textes internationaux, notamment l’article 3-37 de la loi 23-2023 du 27 juillet 2023 portant Code du sport, qui stipule que les fédérations sportives doivent exercer leurs activités en toute indépendance. Ce qui se passe actuellement au Congo, selon eux, n’est qu’une violation flagrante de ces principes.
Dans cette lettre pleine de détresse, les acteurs du football congolais expriment leur espoir qu’une issue favorable pourra être trouvée, en appelant à la responsabilité du gouvernement pour protéger le sport et ses pratiquants.
Photo : Une vue des supporteurs lors d’un match
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