A l’ouverture le jeudi 5 juillet 2024 à Kintele (commune à la sortie nord de Brazzaville) du sommet des chefs d’État dans le cadre de la conférence internationale sur l’afforestation et le reboisement, Denis SASSOU NGUESSO, président de la république du Congo, a fait le plaidoyer de voir le projet de la décennie africaine et mondiale de l’afforestation et du reboisement qui figure comme pilier de la déclaration adoptée dite de Brazzaville, être inscrite à l’ordre du jour de la 79 ème assemblée générale de l’ONU, prévue au mois de septembre prochain. De bonnes intentions certes, mais les contraintes de financement des différents plans d’afforestation et de reboisement sur le continent qui ont été évoquées, sont de vrais plombs dans les ailes d’une Afrique et d’un monde qui pourtant veulent voler plus haut que cette tentaculaire et « apocalyptique » dégradation de leur environnement.
Par Jean Eudes GANGA MICKEMBY

L’un des éléments de la moisson de la conférence internationale sur l’afforestation et le reboisement est la concrétisation du projet de la Décennie africaine et mondiale sur l’afforestation et le reboisement. Cette proposition est l’œuvre du président congolais, Denis SASSOU NGUESSO, faite lors de la COP 27 tenue en 2022 en Egypte.
Lors de la plénière qui a suivi leur huit clos, les six Chefs d’Etat (du Congo Brazzaville, de la RCA, de la Guinée Bissau, du Gabon, du Ghana et de l’Ethiopie) et de gouvernements ont adopté le fait que la déclaration de Brazzaville, rendue par Rosalie MATONDO, ministre de l’économie forestière du Congo Brazzaville, soit considérée comme une position africaine commune.
Plusieurs observateurs s’accordent à dire que si ce projet parvient à être inscrit en débat aux Nations unies, cela devrait constituer une étape décisive dans la recherche des solutions aux contraintes climatiques actuelles auxquelles l’humanité est confrontée. Mais cette inscription au menu des discussions à l’ONU n’est pas suffisante, a estimé Denis SASSOU NGUESSO dans son discours d’ouverture du sommet des Chefs d’Etat. Pour lui, il faut faire plus aux Nations unies , représentées par sa Vice Secrétaire générale , madame Mohamed ANIMA , pour apporter une réponse plus efficace à l’urgence climatique : «…permettez-moi de m’attarder sur l’absence parmi les agences , les fonds et les programmes spécialisés du système des nations unies , d’un organisme international spécifique se consacrant pleinement et entièrement aux forêts. L’opportunité est à notre portée dans le cadre du présent sommet de proposer la création d’une telle institution mondiale ».

Des projets ambitieux oui , mais il n’y a pas d’argent !
Chaque année, 10 millions d’hectares de forêts disparaissent dans le monde, a rappelé Moussa FAKI MAHAMAT, président de la Commission africaine qui du reste a mis en relief les grands enjeux de la restauration des forets à travers les activités de reforestation, parlant de fait d’urgence absolue. « L’enjeux majeur aujourd’hui est non seulement de stopper la disparition des forets mais aussi de restaurer celles qui ont disparu et de conquérir des espaces pour en créer de nouvelles », a-t-il indiqué. Entre autres , l’initiative de la muraille verte visant la restauration au Sahara et en Afrique australe de 100 millions d’hectares a été évoqué par Moussa FAKI MAHAMAT.
Mais au-delà de tout optimisme aux plans stratégique et programmatique, le diplomate africain demeure lucide, ne perdant pas de vue le fait que l’absence de financements constitue un vrai goulot d’étranglement : « Ce combat nécessite aussi et surtout des moyens financiers considérables. Malheureusement, les différentes promesses dont le fond vert pour le climat créé par les nations unies en 2009 pour aider les pays les plus vulnérables à lutter contre les effets des changements climatiques et la déforestation n’ont pas tenu toutes leurs promesses ».
D’ailleurs, la déclaration dite de Brazzaville, met un accent sur cette dimension financière. En effet, celle-ci lance « un appel aux banques de développement et autres institutions financières, ainsi qu’au secteur privé et aux partenaires techniques et financiers présents dans le monde de mobiliser les ressources nécessaires à l’opérationnalisation dans les plus brefs délais du comité de mise en œuvre et de suivi et évaluation de la déclaration de la première conférence internationale sur l’afforestation et le reboisement ».
La conférence internationale sur l’afforestation et le reboisement ainsi que son fruit, la déclaration de Brazzaville constituent des outils de plus dans l’engagement de l’Afrique, présentée comme le continent le plus affecté par les dérèglements climatiques, dans la recherches des solutions durables aux défis environnementaux de la planète.
Notons qu’un planting symbolique d’arbres par les chefs d’Etats et de gouvernements a été organisé sur les jardins du centre internationale de Kintélé, peu avant la cérémonie officielle d’ouverture du sommet de haut niveau.
Photo : La tribune lors des travaux (Droits réservé)

