L’Ong Centre d’Action pour le développement ( CAD) a présenté le vendredi 6 décembre au Centre d’informations des Nations unies à Brazzaville, son rapport annuel 2024 sur les droits de l’homme au Congo Brazzaville. C’est un rapport de 225 pages, très documenté (témoignages, photos, etc) qui souligne une hausse du nombre de violations des droits de l’homme dans le pays. 8216 en 2024, contre 2092 en 2023. Le rapport formule par ailleurs 244 recommandations au gouvernement, qui en a accepté 232, a indiqué Trésor NZILA, président de l’Ong qui avait à ses côtés Joe Washington EBINA, activiste des droits de l’homme.
Les enquêtes, en vue de l’élaboration de ce rapport ont été menées dans sept départements sur les douze que compte le pays à savoir le Niari(une localité) , la Lekoumou (sept localités), la Sangha ( quatre localités) , les Plateaux ( deux localités), le Kouilou ( une localité), la Cuvette-ouest (une localité) et Pointe noire.
La page de garde du rapport est barré par une photo sur laquelle on voit le dos d’un homme portant les marques de la torture ( des rayures laissées par des plaies induites par des fouets) . Une photo accompagnée de ce texte qui résume la situation des droits de l’homme dans le pays en 2024 : « 2024 a été une année très difficile pour les droits fondamentaux de la personne au Congo-Brazzaville. On observe un recul inouï des droits civils et politiques. La pauvreté, les inégalités et le délaissement des services publics de base ont accru de façon significative également ».
Lors de la cérémonie de présentation du rapport, une séquence inattendue intercalée dans le programme, la parole à des parents de défunts enfants victimes, selon eux , de mauvais traitements de la part des forces de sécurité dans des commissariats. Enfant incarcéré sans convocation dans un commissariat de Brazzaville, dit le premier père. Après des recherches infructueuses dans plusieurs postes de police, un appel d’un commissariat lui confirme la présence de son fils. Mais , affirme –t-il, arrivé sur place , il est orienté plutôt vers un hôpital où il ne trouvera que le corps sans vie de son enfant. L’autre père explique que son enfant a été arrêté par l’opération Coup de poing instauré par les autorités pour traquer les bandits et par conséquent, sécuriser les populations. Il reçoit lui aussi, dit-il, un coup de fil d’un poste de police, lui annonçant la relaxation de son fils. Mais, « en arrivant, on m’a donné un cadavre », soutient-t-il.
« C’est un rapport factuel qui se base sur des faits », a commenté Trésor NZILA. En effet, on peut y lire des témoignages de personnes relatant des violations des droits de l’homme dont elles seraient victimes. Le rapport est articulé en plusieurs chapitres.

Les libertés fondamentales verrouillées
Ici, soutient le document, les libertés fondamentales sont toujours verrouillées. « Nous avons noté une augmentation de 190% comparativement à la période précédente. Les autorités congolaises ont entravé et réprimé des réunions et manifestations pacifiques ainsi que d’autres libertés constitutionnellement garanties à la fois par un usage disproportionné et indiscriminé de la force publique, par la multiplication des mesures d’interdiction, des intimidations et arrestations. Dans plusieurs situations, des gens ont été emprisonnés pendant plusieurs jours. Des journalistes ont été sanctionnés, et d’autres ont été inquiétés pour leur travail. Ces multiples arrestations, détentions, intimidations et autres entailles enregistrées au cours de l’année 2024 ne font que renforcer les inquiétudes quant au recul des libertés civiques au Congo Brazzaville depuis plusieurs années maintenant ».
Une détérioration en continue des prisons
D’année en année, note le rapport, la situation des droits humains dans les prisons congolaises va en se détériorant davantage. Des prisons ( dont les photos de certaines d’entre elles sont publiées dans le rapport), qui présentent un tableau peu honorable : Déchets, urines, excréments, moisissures, parasites, promiscuité forcée, vétusté, famine, maladies, déficit de literie, etc. « Cette année (2024), nous avons observé particulièrement deux prisons : la prison de Pointe noire et celle de Ouesso (celle-ci avait déjà été épinglée dans un rapport précédent).
D’autres aspects du rapport portent sur les arrestations et détentions arbitraires. « Les 12 derniers mois, les arrestations et détention arbitraires ont augmenté de 711% et 670% comparativement à la même période de l’année précédente (2023) », les exécutions extrajudiciaires (vindictes populaires entre autres et inactions des gouvernants), torture, mauvais traitements et disparitions forcées, les droits sociaux et économiques : « Malgré l’immensité des ressources dont dispose le pays, l’écart entre les richesses et la misère des populations est abyssal. Ces dernières années, le pays a revu son budget à la baisse passant de 6 milliards d’euros en 2020 à 4 milliards d’euros en 2024. La pauvreté et les inégalités ont encore progressé dans le pays et fait du mal à des milliers d’individus », précise le rapport.
Puis des recommandations…
Le rapport du Centre d’Action pour le développement (CAD) a du reste formulé 244 recommandations au gouvernement. Selon Trésor NZILA, président de l’Ong qui a fait la présentation du rapport, le gouvernement en a accepté 232, parmi lesquelles le retrait de l’autorisation préalable à l’organisation d’une manifestation publique datant de 1962. L’Ong, a-t-on appris , travaille actuellement avec le gouvernement à travers un cadre formel pour parvenir à un projet de loi qui porterait levée du principe de l’autorisation préalable.
Photo : Trésor NZILA ( à droite) et Joe Washington EBINA lors de la présentation du rapport.
Photo intérieur : Une vue de l’assistance
Crédit : Groupe Congo Médias

