mercredi, août 12

La professeure Scholastique DIANZINGA a appelé les femmes africaines à s’engager davantage et à s’affirmer sur la scène politique, mercredi 29 juillet 2026 à Brazzaville. Réunis autour de la problématique du leadership politique féminin, à l’occasion du premier Café citoyen organisé par l’association Avenir Nepad Congo, avec l’appui du Fonds d’appui aux médias pour l’intégrité de l’information et de l’Ambassade de France au Congo, universitaires, responsables d’associations, acteurs de la société civile et citoyens ont plaidé pour la transformation des acquis juridiques en avancées concrètes. Ils ont également appelé à une représentativité plus équitable des femmes et à une gouvernance plus inclusive, intégrant pleinement les femmes, y compris celles vivant avec un handicap, dans les instances de prise de décision.

Organisée à la veille de la Journée internationale de la femme africaine, célébrée chaque 31 juillet, cette première édition du Café citoyen a constitué un cadre d’échanges sur l’engagement politique des femmes, les progrès enregistrés, les défis persistants et les perspectives d’une participation féminine accrue à la vie politique.

Dans sa communication consacrée au thème « Leadership de la femme africaine en politique », la professeure titulaire d’histoire Scholastique DIANZINGA a invité les participants à revisiter une page souvent méconnue de l’histoire politique du continent. En s’appuyant sur les parcours de la reine NZINGA de Ndongo et Matamba (Angola), de Jeanne Vialle (Congo), d’Awa Keïta (Mali) ou encore d’Ellen Johnson Sirleaf (Libéria), elle a démontré que les femmes n’ont jamais été de simples spectatrices des grandes transformations politiques de l’Afrique, mais qu’elles en ont été des actrices de premier plan.

Pour l’universitaire, ces pionnières ont contribué à la lutte pour les indépendances, à la conquête des droits civiques et à l’émancipation des femmes, sans toujours bénéficier de la reconnaissance qu’elles méritent. « Nous devons nous souvenir que d’autres femmes se sont battues bien avant nous pour la promotion des droits des femmes. Aujourd’hui, les instruments juridiques existent. Il appartient désormais aux femmes de s’en saisir afin d’occuper pleinement les espaces de prise de décision », a-t-elle déclaré.

Entre progrès institutionnels et résistances persistantes

Si plusieurs pays africains ont vu des femmes accéder aux plus hautes responsabilités de l’État, la représentativité féminine reste encore largement en deçà des ambitions affichées. Illustrant son propos par le cas du Congo, Scholastique DIANZINGA a rappelé que les femmes ne représentent que cinq membres sur quarante et un au sein du Gouvernement, 22 députées sur 151 élus et 22 sénatrices sur 72, alors même que la Constitution consacre le principe de la parité.

Pour la conférencière, les principaux freins demeurent les pesanteurs socioculturelles, les stéréotypes de genre, les difficultés d’accès aux responsabilités politiques ainsi qu’une application encore timide des mécanismes juridiques existants. Elle a insisté sur la nécessité de préparer davantage les femmes aux fonctions électives.  « La femme doit s’informer, militer dans les partis politiques, se présenter aux élections et proposer des lois. La politique est un espace où l’on peut transformer durablement la société », a-t-elle soutenu.

Elle a également mis en avant le travail du Centre de promotion de la femme en politique, qui accompagne depuis plusieurs années les candidates aux élections afin de renforcer leurs compétences en communication, en leadership et en gouvernance.

L’inclusion des femmes handicapées, un défi majeur

Les débats ont également mis en lumière une dimension encore insuffisamment prise en compte : la participation politique des femmes vivant avec un handicap.

Présidente nationale du Collectif Lamuka, Gustavine LOUZOLO MASSANGA a salué une conférence qui, selon elle, remet en lumière des figures féminines longtemps restées invisibles dans le récit historique africain. «Aujourd’hui, notre combat doit aller au-delà des revendications : les femmes doivent s’affirmer en politique et participer pleinement à la construction de nos États », a-t-elle affirmé.

Mais dans son plaidoyer, la  militante engagée pour les droits des personnes vivant avec un handicap, a attiré l’attention sur la situation particulièrement préoccupante des femmes handicapées, confrontées selon elle à une double marginalisation. « Être femme constitue déjà un défi dans notre société. Être femme et handicapée, c’est vivre une double peine. L’inclusion n’est ni une faveur ni un besoin : c’est un droit fondamental qui doit permettre à chacune de contribuer au développement national », a-t-elle affirmé.

Estimant que l’analphabétisme demeure l’un des principaux obstacles à leur engagement citoyen, elle a appelé les pouvoirs publics et les partenaires au développement à soutenir des programmes d’alphabétisation adaptés aux différents types de handicap. Elle a également plaidé pour une transformation des mentalités, estimant que les inégalités prennent souvent racine au sein même des familles où les rôles attribués aux garçons et aux filles restent profondément déséquilibrés.

Dix recommandations pour bâtir une démocratie plus inclusive

Au-delà des échanges, ce  premier acte du Café citoyen s’est voulu un espace de propositions. Les participants ont adopté dix recommandations visant notamment à renforcer l’éducation civique et politique des jeunes filles, encourager les partis politiques à promouvoir davantage de femmes aux postes de responsabilité, développer des programmes de mentorat, lutter contre les violences et discriminations politiques, intégrer le handicap dans les politiques publiques relatives au leadership féminin et renforcer la production de données sur la participation politique des femmes.

À travers cette initiative, Avenir Nepad Congo entend contribuer à l’émergence d’une culture démocratique davantage fondée sur la participation citoyenne, l’égalité des chances et la valorisation des compétences féminines.

Photos :

  1. Vue des participants posant pour la postérité ;
  2. La professeure lors de sa conférence ;
  3. Vue des participants dans la salle.

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