En décidant de suspendre, pour une durée de deux ans, la majorité des clubs et des acteurs du handball national, la Fédération congolaise de handball (FECOHAND) semble avoir franchi un seuil critique. Présentées comme des mesures disciplinaires, les décisions signées le 17 décembre 2025 par sa présidente, Linda Ambroisine NOUMAZALAYI EBENDZE, sont perçues par de nombreux observateurs comme une erreur stratégique majeure, susceptible d’affaiblir durablement, voire de mettre en péril, la discipline.

Vingt-cinq clubs suspendus, des dizaines de dirigeants, dont le général Serge Oboa , des membres de commissions et des entraîneurs mis à l’écart : jamais le handball congolais n’avait connu une telle hémorragie institutionnelle. En un seul acte, la FECOHAND se retrouve amputée de l’essentiel de ses forces vives.

Or, une fédération ne peut fonctionner contre ses clubs. Partout dans le monde, ce sont eux qui constituent la base de la pratique, animent les compétitions et donnent vie à l’institution fédérale. En suspendant la majorité de ses membres, la FECOHAND semble ainsi se tirer une balle dans le pied.

Ces sanctions, liées à la participation au Tournoi national de cohésion et de fraternité, frappent en priorité les clubs les plus actifs et les mieux structurés du pays, ceux-là mêmes qui assurent la vitalité des compétitions nationales et représentent dignement le Congo sur la scène internationale.

Un championnat national vidé de sa substance

L’impact le plus immédiat concerne l’organisation du championnat national. Comment la FECOHAND peut-elle prétendre offrir une compétition crédible sans la majorité des clubs engagés ? « Un championnat sans ses meilleurs acteurs perd toute valeur sportive », estime un entraîneur. « La qualité du jeu, l’intensité des matches et même l’intérêt du public en seront gravement affectés. »

Privée de nombreux clubs historiques et compétitifs, la fédération risque de mettre en place un championnat réduit, déséquilibré et éloigné des standards nécessaires au développement du handball et à la détection des talents.

Brazzaville, épicentre d’une crise sportive

La ligue départementale de Brazzaville, principal vivier des joueurs de l’équipe nationale, apparaît comme la grande perdante de cette vague de sanctions. Plus de 85 % de ses équipes ont été frappées par des décisions fédérales prises, selon plusieurs observateurs, avec précipitation.

Si, pendant deux saisons, des équipes comme la DGSP, Inter Club, Cara, Grain de Sel, JSO, BMC ou encore AVR sont absentes des différentes catégories, à quoi ressemblera le championnat de cette ligue ? Loin de renforcer l’autorité de la fédération, cette situation compromet sérieusement la tenue d’un championnat local attractif. « Brazzaville est le cœur du handball congolais. Si la ligue de la capitale est sinistrée, c’est tout le pays qui en souffre », confie un dirigeant de club. Le public, habitué à des affiches de haut niveau et à une rivalité sportive intense, risque de se détourner d’une compétition affaiblie, sans têtes d’affiche ni véritable enjeu.

Former sans entraîneurs, jouer sans clubs

Au-delà des clubs, la suspension de nombreux entraîneurs et encadreurs pose un problème majeur : celui de la formation. Sans techniciens qualifiés, la progression des jeunes joueurs et la transmission du savoir-faire sont sérieusement menacées, en particulier pour les équipes de l’intérieur du pays.

« On ne développe pas une discipline en écartant ceux qui forment et encadrent », souligne un autre acteur du handball. Cette mise à l’écart massive fragilise l’ensemble de la chaîne de développement sportif, de la base à l’élite.

Une sanction qui interroge la vision

Pour beaucoup d’observateurs, ces décisions traduisent moins une stratégie de redressement qu’une logique de confrontation. Elles semblent prolonger le bras de fer né de l’Assemblée générale élective, à l’issue de laquelle l’arrivée à la tête de la fédération de l’actuelle présidente est qualifiée d’illégitime et d’illégale par plusieurs acteurs, notamment les partisans d’Avicenne NZIKOU, qui dénoncent une non-conformité aux textes régissant les critères d’éligibilité. Dans ce combat sans concession, ces derniers affirment bénéficier du soutien de près d’une cinquantaine de clubs. 

À vouloir sanctionner presque tout le monde, la FECOHAND prend le risque de se retrouver seule, à la tête d’une fédération sans clubs, sans compétitions solides et sans avenir lisible. Une équation dangereuse pour la survie du handball congolais.

Photo : une des joueuses lors d’une compétition

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