Le Ministre de l’enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’alphabétisation, Jean-Luc MOUTHOU a souligné, le vendredi 21 février 2025, la nécessité pour les enseignants communautaires, qui cumulent deux trimestres de bourse impayés, de faire   preuve de résilience. L’invite faite lors des questions orales avec débats au Sénat sonne mal aux oreilles des concernés. Elle parait comme une demande implicite d’acceptation de la situation délicate que vivent ces acteurs du système éducatif congolais, qui représentent 54% du personnel enseignant actif.

Lors des questions orales avec débats au Sénat, Jean-Luc MOUTHOU, ministre de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’Alphabétisation, a répondu aux préoccupations des sénateurs sur le non-versement des bourses des enseignants communautaires. Une situation qui alimente les doutes quant à l’engagement du gouvernement en faveur de l’éducation au sujet de laquelle le ministre a tenu à rappeler que le système éducatif congolais souffre depuis plusieurs années d’un manque criant de personnel enseignant.

« Malgré́ les recrutements réalisés depuis plusieurs années, de nombreux établissements scolaires ont dû recourir aux services d’enseignants communautaires », a-t-il expliqué. Il a rappelé la décision relative à la suppression de la contribution parentale et d’intégrer la prise en charge des enseignants communautaires dans le budget de l’Etat. Cette mesure, selon le ministre, visait à garantir la gratuité de l’école, conformément à la loi scolaire du 17 novembre 1995 prises par le gouvernement pour pallier ces difficultés.  

Cependant, les retards de paiement s’accumulent. Si les tranches d’octobre 2023 à juin 2024 ont été́ versées, le ministre a reconnu un retard pour celles de juillet à décembre 2024. « Le mandat de paiement du troisième trimestre 2024 est déjà̀ au Trésor public et attend d’être débloqué́ pour les 12 000 enseignants concernés », a-t-il affirmé, tout en assurant que le ministère des Finances travaille activement sur la question.

Un appel à la patience et à la résilience

Face à l’impatience des enseignants, Jean-Luc MOUTHOU a appelé́ à la patience. « Le gouvernement ne les abandonne pas. Nous les invitons à davantage de résilience », a-t-il insisté. Une invite qui ne suffit pas à apaiser les inquiétudes des concernés, souvent affectés loin de leurs proches, et qui peinent à joindre les deux bouts  du fait des paiements à contre goute de la fameuse bourse. A près de trois trimestres de retard de paiement et une réforme des mécanismes de recrutement à la fonction publique annoncée pour 2026, l’inquiétude grandit dans les rangs des enseignants communautaires.

Un problème structurel qui dure depuis près de 40 ans

Le Premier ministre, Anatole Collinet MAKOSSO, est également intervenu pour contextualiser cette problématique. Il a rappelé́ que la question des enseignants volontaires, aujourd’hui appelés communautaires, traine depuis 1986. « En 1990, nous avions régularisé́ cette situation, mais en 1993, nous sommes retombés dans le volontariat », a-t-il souligné.

Malgré́ les recrutements annuels depuis 2019, le déficit en enseignants persiste. Pour y remédier, le Premier ministre a annoncé́ un changement dans les modalités de recrutement à la fonction publique. À partir de 2026, l’intégration des enseignants se fera exclusivement par voie de concours, à l’exception de ceux ayant déjà̀ été admis dans des écoles de formation spécialisées.

« Les quotas de recrutement seront désormais réservés aux diplômés de ces écoles, tandis que les prestataires, volontaires et communautaires devront passer un concours », a précisé́ Anatole Collinet MAKOSSO. Cette réforme vise à rationaliser le processus d’embauche et à mettre fin à la précarité́ des enseignants communautaires.

L’option envisagée par le gouvernement en la matière bien que salutaire pour la rationalisation des recrutements à la fonction publique constitue un nœud cornélien pour les enseignants communautaires, qui sont sur le terrain depuis plusieurs années et attendent d’être intégrés. Si le gouvernement doit conditionner leur recrutement à la fonction publique par l’obtention du concours tel qu’annoncé par le premier ministre, quel sera le sort de ceux qui sont déjà sur le terrain et qui ne satisferont pas à ce concours ? Vont-ils être remis à la disposition de leurs parents après ces années de bénévolat ? Autant de questions que se posent les concernés après l’annonce de cette réforme qui, , selon le Premier ministre, rentrera en vigueur en 2026.

 La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui devra rapidement trouver une solution pour éviter là aussi une autre forme de crise sociale dans le secteur éducatif.

Photo : Une vue  partielle des enseignants communautaires de Brazzaville

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