L’association Avenir Nepad Congo a sensibilisé les étudiants de l’Institut National du Travail Social (INTS) sur la loi Mouebara. Organisée le mardi 17 décembre 2024 à Brazzaville, cette rencontre avait pour but de mieux faire connaître la loi portant lutte contre les violences faites aux femmes en République du Congo, encore méconnue du grand public. Elle a permis non seulement d’expliquer les principales articulations de cet outil juridique, ses innovations et les mécanismes de prévention contre les violences, mais aussi de sensibiliser les participants sur la nécessité de briser le silence et de dénoncer les actes de violence.
Dans son discours d’ouverture de la réunion, sous forme de causerie-éducative organisée dans le cadre d’une série d’activités visant à vulgariser la loi 19-2022 du 4 mai 2022 dite « Loi Mouebara », le Dr NGODI Stanislas, Coordonnateur de l’Association Avenir Nepad Congo, a exprimé sa gratitude à l’Ambassade du Canada pour son soutien financier renouvelé, soulignant que ce partenariat dure depuis 2015. La rencontre était aussi l’occasion pour l’ONG de procéder à la dissémination de cet important document juridique, qu’elle a reproduit en plusieurs exemplaires grâce au financement de l’ambassade du Canada au Congo. « Depuis 2022, la République du Congo dispose de la loi Mouebara, qui lutte contre les violences faites aux femmes, mais elle reste encore mal connue. C’est pourquoi nous avons décidé d’intensifier nos efforts de sensibilisation, notamment en produisant plus de 1500 exemplaires du texte de la loi à distribuer lors de nos activités », a-t-il indiqué. Le Coordonnateur de cette organisation non gouvernementale a également évoqué le programme de mobilisation communautaire, soulignant que des actions de sensibilisation avaient déjà eu lieu, notamment lors de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre dernier.
Un autre point marquant de son intervention a été la présentation d’une initiative originale : la création d’un office musical autour de la loi Mouebara, avec des chansons destinées à toucher un large public, notamment les jeunes. « Nous espérons qu’au-delà de la sensibilisation, cette loi sera réellement appropriée par les différentes couches sociales », a-t-il conclu.

Alex Gilbert, Conseiller politique à l’Ambassade du Canada, a pris la parole pour souligner l’importance de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, un domaine stratégique pour la politique internationale canadienne. « La violence contre les femmes et les filles est une priorité pour le gouvernement du Canada, et c’est la raison pour laquelle nous soutenons activement des projets comme celui-ci », a-t-il affirmé. Le diplomate a rappelé que, malheureusement, une femme sur trois dans le monde vivra un épisode de violence au cours de sa vie, que ce soit dans la rue, à l’école, sur Internet, ou dans d’autres contextes. Il a salué la présence d’hommes parmi les participants, soulignant que la lutte contre la violence doit être une cause partagée par tous.
« Il est essentiel que les femmes soient conscientes de leurs droits et des mécanismes de protection, mais il est tout aussi crucial que les hommes soient également sensibilisés. C’est en collaborant ensemble que nous pourrons réduire la violence et garantir un avenir plus sûr pour tous », a-t-il conclu, en insistant sur la nécessité d’une diffusion continue de l’information, au-delà de l’événement du jour.
Le Directeur général de l’Institut National du Travail Social, OSSOKO Jean-Paul Latran, a souligné l’importance de cette activité. Il a indiqué avoir accédé à la demande de l’association pour que l’institut abrite cette rencontre en fonction de l’importance du sujet à l’ordre du jour, avant d’inviter les participants à tirer profit des enseignements dispensés et à devenir des relais de cette information dans leurs communautés respectives. « Cette causerie-débat est une occasion unique de mieux comprendre vos droits et de jouer un rôle actif dans leur diffusion », a-t-il déclaré.
Un arsenal judiciaire renforcé pour lutter contre les violences
Dans sa communication, MBEMBA TALANTSI Chancelle Nuptia, Directrice du Programme national de lutte contre les Violences faites aux femmes, a souligné les avancées significatives réalisées en République du Congo en matière de lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes, par le renforcement de l’arsenal juridique. Elle a d’abord rappelé que le cadre juridique du pays, bien qu’il soit déjà riche, a été renforcé par la loi Mouebara, promulguée pour faire face aux violences basées sur le genre (VBG). Selon elle, la législation congolaise comprend déjà plusieurs instruments, tels que le Code de la famille, le Code pénal, la loi Potignon, ainsi que des dispositions concernant la cybercriminalité et la protection des personnes handicapées. Toutefois, la loi Mouebara constitue un tournant majeur, en introduisant des peines renforcées et des prescriptions qui visent à dissuader les auteurs de violences.
En effet, cette loi, qui compte 77 articles, s’attaque à toutes les formes de violence à l’égard des femmes, en augmentant notamment les peines pour les actes criminels. Les peines de prison peuvent aller de 10 ans à la perpétuité, et les prescriptions peuvent durer jusqu’à 20 ans, en fonction de l’âge de la victime au moment des faits. La directrice a insisté sur l’importance de l’application stricte de cette législation, et a encouragé les étudiants à devenir des acteurs clés de la sensibilisation et de la dénonciation des violences. « Dès la première gifle, il faut savoir dire non », a-t-elle affirmé, soulignant que la violence devient rapidement un cycle difficile à briser sans intervention extérieure.

Sensibilisation et prise de conscience collective
Le Dr Ornael Mikhaël DJEMBO, Chargé des programmes à l’Association Avenir Nepad Congo, a pour sa part abordé les causes profondes des violences faites aux femmes. Selon lui, des facteurs tels que les normes sociales et culturelles, l’alcoolisme, la toxicomanie, le faible niveau d’instruction, ainsi que l’exposition à la maltraitance pendant l’enfance, sont autant d’éléments qui contribuent à la perpétuation de ces violences dans la société congolaise.
Il a également mis en lumière les lourdes conséquences que ces violences peuvent engendrer sur la santé physique, psychologique, sociale et économique des victimes. Outre les blessures physiques et les troubles gynécologiques, les victimes peuvent souffrir de dépression, d’anxiété, d’isolement social et de dépendance matérielle. Ces conséquences touchent également les enfants, qui sont parfois manipulés contre leur mère dans un contexte de violence domestique.
Agir face à la violence : Les étapes clés pour se protéger
Le chargé des programmes a également prodigué des conseils pratiques en cas de violences, en insistant sur l’importance de briser le silence. « Il est essentiel de parler, que ce soit à un ami, un membre de la famille, ou un professionnel », a-t-il expliqué. Les victimes doivent également se faire accompagner par des associations spécialisées qui peuvent fournir un soutien psychologique et juridique tout au long du processus de reconstruction. Il a également souligné l’importance de la sécurité immédiate, en recommandant aux victimes de se protéger, de se rendre dans un endroit sûr, et de conserver tous les documents nécessaires, notamment les certificats médicaux, qui peuvent servir de preuves en cas de dépôt de plainte.
Les droits garantis par la loi Mouebara
Enfin, le Dr. DJEMBO a rappelé les droits garantis par la loi Mouebara aux victimes de violences, notamment le droit de porter plainte, de se faire représenter par une association, et de demander une ordonnance de protection. « Cette loi offre une prise en charge gratuite et une protection juridique aux victimes, ce qui est un progrès majeur », a-t-il conclu.
La causerie-débat a été un moment essentiel de sensibilisation à la lutte contre les violences faites aux femmes. Cet événement à l’INTS représente ainsi un pas de plus vers une prise de conscience collective sur les violences faites aux femmes et l’importance de la loi Mouebara pour leur protection et leur autonomisation..
Photos :
- Photo de famille,
- Le présidium de la cérémonie d’ouverture,
- Vue partielle des participants lors des échanges.
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