À l’heure où le téléphone mobile est devenu l’une des principales portes d’accès à l’information, le Congo fait face à un défi majeur : celui de permettre aux citoyens de tirer pleinement parti de la puissance des réseaux sociaux, sans tomber dans les pièges de la rumeur, de la manipulation et de la désinformation. Cette problématique était au cœur de la deuxième session du Café citoyen, organisée le mardi 11 août 2026 à Brazzaville par l’association Avenir Nepad Congo. À cette occasion, le Dr Antonin Idriss BOSSOTO a livré une analyse des mécanismes de la désinformation, de ses principaux acteurs et de ses conséquences, tout en appelant à l’adoption d’une véritable discipline informationnelle.

Dans sa dense communication sur le thème « Médias sociaux et désinformation en République du Congo », l’enseignant chercheur spécialiste en communication numérique est revenu sur les profonds bouleversements actuels du paysage médiatique congolais. Selon le conférencier, la progression de la téléphonie mobile et de la connectivité a fait émerger un citoyen qui n’est plus seulement consommateur, mais également producteur et diffuseur de contenus.
« Le citoyen congolais ne subit plus l’information. Avec l’arrivée d’Internet, du Web 2.0 et des réseaux sociaux, il a désormais la capacité de produire du contenu, de produire de l’information, de la partager, de la commenter et de la diffuser sous plusieurs formats : texte, vidéo ou image. Il devient un acteur : il crée et il diffuse. »
Cette transformation remet en cause le monopole autrefois détenu par la radio, la télévision et la presse écrite. TikTok privilégie l’immédiateté et la viralité, WhatsApp s’impose dans les échanges familiaux et communautaires, tandis que Facebook demeure un espace privilégié de recherche de scoops et de commentaires sur l’actualité.
Quand le vrai et le faux se mélangent
Dans cet univers sans filtre, la frontière entre information et manipulation devient parfois difficile à discerner. Le Dr BOSSOTO a présenté à l’auditoire quatre catégories à savoir l’information vérifiée, la mésinformation, la désinformation et la malinformation. La mésinformation correspond à une fausse information partagée sans volonté de nuire. La désinformation, à l’inverse, est construite délibérément pour tromper, déstabiliser ou générer des profits. La malinformation utilise, quant à elle, des éléments réels, mais les extrait de leur contexte afin de produire une interprétation trompeuse.
« Le journaliste ne publie pas n’importe quoi. Il vérifie toujours son information : qui, quand, quoi, où, comment, pourquoi. Il y a également des variables liées à la déontologie et à l’éthique professionnelle. »

L’expert a notamment évoqué les fausses annonces de recrutement dans la Fonction publique, largement relayées avant leur démenti officiel. Un exemple révélateur de la vitesse à laquelle une rumeur peut devancer la vérité.
L’IA ouvre une nouvelle brèche
Avec l’intelligence artificielle, la menace change encore d’échelle. Les deepfakes permettent désormais de fabriquer des images, des voix et des vidéos capables de faire dire ou faire faire à une personnalité ce qu’elle n’a jamais dit ni fait.
À cette technologie s’ajoutent les algorithmes de recommandation, les réseaux de bots, les influenceurs et les « mercenaires numériques ». Une combinaison redoutable, selon le conférencier, puisque la viralité est souvent privilégiée au détriment de la véracité. « Les algorithmes de Facebook et de TikTok maximisent l’engagement, mais pas la vérité », a-t-il expliqué, soulignant que la peur, la colère et le sensationnel constituent des carburants puissants de la viralité.
La désinformation ne relève donc plus d’un simple problème de communication. Elle peut alimenter les discours de haine, les tensions communautaires, la psychose, la défiance envers les institutions et fragiliser le débat démocratique. Face à cette « pollution informationnelle », le Dr BOSSOTO préconise la régulation, l’éducation aux médias, le fact-checking et surtout la responsabilité individuelle.
« L’information est stratégique. L’information est un outil de décision. Lorsque vous la consommez, faites excessivement attention, parce qu’une information mal contextualisée peut vous amener à prendre de mauvaises décisions. Émettez toujours de la réserve. Vérifiez l’information. »
Un message prolongé par l’ambassadrice de France au Congo, Claire BODONYI, qui a salué la qualité des échanges et souligné le caractère universel du phénomène.
« L’émotion est la première des choses par laquelle nous nous exprimons. Mais il faut compter jusqu’à trois. Il faut laisser passer la nuit peut-être, avant de surréagir, avant de partager quelque chose qui est faux. Si nous faisons ça, nous sommes des complices d’une désinformation qui peut potentiellement faire beaucoup de mal. »
Pour le Dr BOSSOTO, la réponse passe aussi par la formation. Dans un monde professionnel en mutation rapide sous l’effet du numérique et de l’IA, les citoyens, particulièrement les jeunes, doivent constamment actualiser leurs compétences. Au terme de cette deuxième édition du Café citoyen, une conviction se dégage : à l’ère de l’information instantanée, vérifier avant de partager n’est plus une simple précaution. C’est un acte de responsabilité citoyenne.

