À l’approche de l’ouverture de la campagne électorale pour le scrutin présidentiel du 15 mars, le silence du parti au pouvoir sur la question du sport résonne comme un aveu d’abandon. Une situation d’autant plus préoccupante que la jeunesse congolaise espérait des engagements forts sur l’avenir du sport, notamment du football, plongé dans une crise sans précédent. Pilier social et exutoire pour des milliers de jeunes, le football semble aujourd’hui relégué au rang de préoccupation secondaire.
Le sport congolais, jadis vecteur de cohésion sociale et d’espoir pour la jeunesse, apparaît désormais marginalisé au plus haut niveau de l’État. En pleine phase préparatoire de la campagne électorale, le Parti congolais du travail (PCT) et son candidat, Denis SASSOU N’GUESSO, n’ont affiché aucune position forte sur cette question pourtant cruciale. Une posture qui contraste avec les attentes d’une jeunesse sportive en quête de réponses concrètes, notamment dans le football, paralysé depuis plus d’une année par une crise profonde.
La nomination officielle des conseillers spéciaux et porte-paroles thématiques du candidat de la majorité présidentielle est venue accentuer ce malaise. Par la décision n°004/EPR26/CDSN du 07 février 2026, pas moins de 17 porte-paroles ont été désignés pour couvrir des secteurs aussi variés que la politique, l’économie, la santé, l’environnement, la gouvernance ou encore la jeunesse. Mais à la lecture de cette longue liste, une absence saute aux yeux : le sport n’y figure tout simplement pas.
Une absence lourde de symboles
Ni le sport en général, ni le football en particulier, n’ont bénéficié d’un représentant officiel dans l’organigramme de campagne. Une omission d’autant plus incompréhensible que le football congolais traverse l’une des pires crises de son histoire : plus d’une année sans championnat national, des clubs asphyxiés, des joueurs livrés à eux-mêmes et des stades fermés, malgré les lourds investissements consentis par l’État. Même le ministre en charge des Sports, Hugues NGOUELONDELE, engagé dans un bras de fer avec la Fédération congolaise de football (FECOFOOT) dont le but serait d’évincer Jean-Guy Blaise MAYOLAS de la tête de cette instance faîtière, n’a pas été associé à ce volet.
Bien plus qu’un simple jeu, le football est un outil d’insertion, de cohésion sociale et de discipline. Le maintien de cette discipline dans une situation aussi critique, alors qu’elle constitue parfois la seule perspective d’avenir pour une frange importante de la jeunesse congolaise, conforte chez certains observateurs l’idée que le sport n’est plus une priorité pour les autorités. Une posture qui donne le sentiment que toute une génération de jeunes sportifs a été rayée de l’agenda politique.
L’espoir suscité par l’appel à l’arbitrage du chef de l’État, lancé le 07 janvier 2026 par Auguste ILOKI, Président de la Cour suprême, lors de la cérémonie d’échange de vœux avec les corps constitués, s’estompe progressivement. Plus d’un an sans championnat, des stades fermés malgré les investissements publics et une jeunesse privée de son activité de prédilection : le constat est amer.
Des décisions aux conséquences irréversibles
La fermeture des stades, décidée par le ministère des Sports dans le cadre du bras de fer avec la FECOFOOT, est aujourd’hui perçue comme une sanction collective infligée à toute une génération. En croyant régler un conflit institutionnel, les autorités ont paralysé l’écosystème sportif et détruisent des carrières en devenir.
Entre calcul politique, crainte d’un dossier explosif ou simple désintérêt, le sport congolais paie le prix fort. À force de l’ignorer, le pouvoir prend le risque de transformer un malaise sportif en une crise sociale durable. Et la question demeure entière: peut-on encore prétendre gagner la confiance de la jeunesse en tournant le dos à son principal levier d’espoir ?
Photo : Les diables rouges quittant la pelouse lors d’un match à Brazzaville
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